Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]



Cette thèse envisage le phénomène du livre d’artiste tel qu’il se développe dans sa relation à la notion et à la pratique d’exposition depuis les années 1960. L’exposition est ici considérée selon un double point de vue : d’une part comme le dispositif institutionnel le plus courant de manifestation de l’art ; d’autre part comme une fonction se rapportant à la visibilité des œuvres. Il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes peuvent s’appréhender entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives. Pratiques d’exposition alternatives dans la mesure où le livre et l’imprimé sont potentiellement des modes de visibilité de l’art ; pratiques alternatives à l’exposition parce que ce moyen de visibilité est très différent de ce que l’on nomme usuellement une exposition. À travers l’étude de cette tension dialectique entre l’édition et l’exposition, il s’agit de préciser quelle est l’économie artistique et quelles sont les conditions de réception esthétique que proposent les livres et les éditions d’artistes, et ainsi de comprendre en quel sens et à l’égard de quelles normes ou de quelles instances ils ont une valeur dite « alternative ». De la sorte, il est également question de la place qu’occupent les livres d’artistes dans le système de l’art contemporain et des effets qu’ils exercent sur celui-ci.

Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes « conceptuels »

« Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes ‘conceptuels' », in Danièle Méaux (dir.), Livres de photographies et de mots, Caen, Minard, coll. « La Revue des Lettres Modernes » / série « Lire et Voir », 2009, p. 157-172. [+]



Depuis les années 1960, les artistes contemporains, et en particulier les artistes conceptuels, ont fait grand usage du livre pour concevoir des œuvres associant texte et photographie, deux matériaux privilégiés de leur démarche. Paradoxalement, alors que le XXe siècle a vu l’avènement d’une culture de l’image (cinéma, télévision, publicité) il a aussi été celui d’un débordement de l’art au-delà de ce domaine auquel il était traditionnellement lié, et parfois même à rebours de celui-ci. Ainsi, le texte fait une irruption significative dans les arts plastiques à l’époque des avant-gardes (cubisme, futurisme, dada). Il devient omniprésent à la fin des années 1960 chez les artistes conceptuels soucieux de rompre avec un art rétinien et d’investir le champ du langage, ainsi que chez de nombreux artistes qui œuvrèrent dans le domaine de la poésie visuelle ou concrète avant d’en venir aux arts plastiques. Mais les années 1960 puis 1970 sont aussi celles du recours de plus en plus fréquent à la photographie en tant qu’outil de démarches artistiques fort diverses. Supposée plus à même d’entretenir un rapport objectif au réel que la peinture, la photographie convainc en effet de nombreux artistes préférant constater et collecter ce qui existe déjà plutôt que créer de nouveaux objets. Toutes ces orientations artistiques, contemporaines de l’émergence du livre d’artiste, nourries par lui et ayant contribué à son développement jusqu’à aujourd’hui, en ont fait un lieu fondamental de conciliation de la photographie et du texte.