« Du livre d’artiste comme bibliothèque de papier », in Barbara Denis-Morel (dir.),
Les artistes face aux livres, Avranches, Scriptorial d’Avranches ; Nevers, Tombolo presses, 2015, pp. 40-51. [+]



En 1947, André Malraux constatait l’apparition d’un Musée Imaginaire « qui [allait] pousser à l’extrême l’incomplète confrontation imposée par les vrais musées : répondant à l’appel de ceux-ci, écrivait-il, les arts plastiques ont inventé leur imprimerie ». Si les livres peuvent être pour l’art des musées imaginaires, alors ne peuvent-ils pas être pour les autres livres — réels ou fictifs — des bibliothèques elles aussi imaginaires ? Et de même qu’il existe des « musées de papier », ne peut-on pas parcourir certains livres comme des bibliothèques imprimées ? Considéré de la sorte, le livre n’est plus seulement ce qui est censé trouver place dans une bibliothèque, mais également ce dans quoi une bibliothèque peut se constituer. Ces bibliothèques de papier, imaginaires ou virtuelles, peuvent prendre la formes de catalogues, de listes, de bibliographies ou d’anthologies. Il s’agira ici de s’interroger sur les enjeux de ces livres à la puissance livres dans le cas spécifique des publications d’artistes, qui mettent bien souvent en œuvre ce type de modèles.

« La quatrième classe », commissariat d’exposition [avec Robert Barry, Daniel Buren, Julie Marie Cazard, herman de vries, Amélie Dubois, IKHÉA©SERVICES, Jonathan Monk, Claire Morel, Julien Nédélec, Conny Purtill, Yann Sérandour, Laurent Sfar, Nick Thurston], Florence Loewy… by artists, Paris, 23 novembre – 21 décembre 2013.



l’exposition La quatrième classe réunit diverses propositions artistiques liées au livre et à l’édition (livres d’artistes, pageworks, œuvres se référant à un livre, interventions ayant la bibliothèque ou la librairie comme site), qui ont en commun de donner corps à des réalités discrètes ou inframinces dont l’existence procède d’une absence, et la substance d’une vacance. Ces œuvres se fondent sur la matérialisation du vide, sur la désignation paradoxale de choses non perceptibles, sur l’effacement ou sur la soustraction. Chacun de ces gestes a des implications artistiques et politiques spécifiques mais ils ont en commun une économie esthétique qui conjugue le conceptuel au sensible en faisant apparaître ce dernier là où il n’y a pas ou plus ce qui pourrait s’y trouver. [Photos ci-dessus : Aurélien Mole]