Crystal Maze XII – On a télévisualisé un rêve

« Crystal Maze XII — On a télévisualisé un rêve », une proposition de l’agence du doute (Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) avec Camille Platevoet et Maxime Delavet, pour l’exposition « France Électronique » (commissariat : Jill Gasparina), Le Printemps de Septembre (Palais des arts, isdat), Toulouse, septembre-octobre 2018. [+]



« Envoyez-nous vos rêves, nous les filmerons », tel était à l’origine le principe de l’émission « La Clé des songes », imaginée au début des années 1950, par Chris Marker, Charles Serpinet et Jean Kerchbrion, avec à son montage Alain Resnais. C’est cette même invitation que reprend à son compte l’agence du doute pour son Crystal Maze XII.
Le rêve du jour, c’est celui de Suzy, ou peut-être celui de Suzanne. Les personnages sont Denise Glaser et Jacques Antoine, Gérard Marinelli et le professeur Tournesol. C’est le rêve d’une speakerine ou d’un festaiolo des temps récents, à la mémoire riche d’une vaste culture technique des images et d’un tout aussi vaste imaginaire audiovisuel. Par collage et par condensation — comme souvent dans les rêves — s’y mêlent des génériques, des habillages graphiques et des documents témoins du patrimoine télévisuel. Ils composent un mystère d’images, d’objets et d’imprimés produits non plus à l’heure de l’O.R.T.F., mais à l’ère de la « France Électronique » : des images et des documents rêvés, puis rematérialisés dans une installation qui est aussi l’environnement d’une exposition conçue par Jill Gasparina.

Crystal Maze VIII.bis – Confidences pour confidences

« Crystal Maze VIII.bis – Confidences pour confidences », une proposition de l’agence du doute (Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) avec Laurence Cathala, URDLA, Villeurbanne, avril-mai 2017. [+] [+]



Le huitième Crystal Maze, Confidences pour confidences, rejoué à l’URDLA après une première version à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2015, est une conférence-projections déployant des espaces multiples et s’appuyant sur une nouvelle de Stefan Zweig (1881-1942) écrite au début des années 1930. Buchmendel (Le Bouquiniste Mendel) relate à travers les souvenirs de ceux qui l’ont connu, la vie dans la Vienne du début du siècle de Jakob Mendel, bibliophile passionné à la mémoire prodigieuse, capable de citer n’importe quel livre qui lui serait passé entre les mains.
Une performance, le soir du vernissage, ouvre l’exposition. Accompagnée par Laurence Cathala, l’agence du doute propose la construction d’un scénario-dispositif faisant dialoguer inserts, incipits, voix, montage d’une exposition à partir des collections de l’URDLA (quarante et un artistes sélectionnés : Georges Adilon, Xavier Barbey, Frédéric Benrath, Valérie Berge, Dominique Blaise, Nasser Bouzid, Stéphane Braconnier, Laurence Cathala, Alex Chevalier, Martine Clerc, Marina de Caro, Philippe Favier, Pierre Gallais, Jérémie Gindre, Milan Grygar, Jean-Lucien Guillaume, Fabrice Gygi, Marcia Hafif, Yannig Hedel, Max Kaminski, Rémy Jacquier, Christophe Miralles, Patrice Mortier, René Münch, Onuma Nemon, Olivier Nottellet, Jean-Luc Parant, Guillaume Perez, François Perrodin, Andrée Philippot-Mathieu, Rougemont, Jean-Jacques Rullier, Jacqueline Salmon, Karen Serra, Markus Strieder, Sarah Tritz, Jacques Truphémus, Jacques Villeglé, Gudrun Von Maltzan, David Wolle, Bruno Yvonnet) et réalisation de trois séries d’estampes (linogravure, lithographie, typographie).

Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection

« Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection », commissariat d’exposition avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Musée Calbet, Grisolles, janvier-avril 2016 (scénographie : Camille Platevoet et Arnaud Daffos). [+]



En 1987, l’exposition « Quérir Choisir » au Musée National des Arts et Traditions Populaires présentait les nouvelles acquisitions versées à la collection du musée. Fondé en 1937 par Georges Henri Rivière, le MNATP célébrait également, avec cette exposition, ses cinquante ans d’existence. Sur le premier plat de couverture du catalogue, en pied de page, on peut reconnaître le logo dessiné par Pierre Faucheux en 1970-71. Graphiste et urbaniste français ayant traversé les Trente Glorieuses, Faucheux (1924-1999) est connu comme l’homme « aux millions de couvertures ». Comme par un heureux hasard, l’énoncé « Quérir Choisir » pourrait être un programme pour aborder sa production foisonnante, et en particulier pour se saisir de « l’esprit de collection » qui la traverse. Observer les collections et les séries que Pierre Faucheux a dessinées pour de nombreux éditeurs entre le début des années 1950 et la fin des années 1980 permet de regarder comment il a créé une grammaire graphique où choix de caractères typographiques, jeux de collages et utilisation de documents iconographiques fabriquent ce que le critique Charles Asselineau avait appelé, en 1866, des Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique, lorsque lui-même cataloguait les ouvrages de ses auteurs romantiques favoris en essayant d’en dégager les physionomies typiques.
Les « mélanges » organisés par Faucheux sont les indices d’une pratique de la collecte et de la collection que vient éclairer la reprise du titre de l’exposition de 1987, « Quérir Choisir ». Au jeu des étymologies, le quaere latin donne au verbe quérir la dimension de l’enquête à laquelle répond le regard posé sur d’éclectiques ensembles que suppose l’action de choisir. On complétera l’origine de ce dernier verbe avec la figure du choisisseur ou de la choisisseuse qui, au XVIIIe-XIXe siècle, découpait les chiffons ramenés dans les papeteries par le chiffonnier. Celui-ci, dont Walter Benjamin a écrit que ses gestes étaient « la caricature de ceux du collectionneur, son opposé et son double » (Paris, capitale du XIXe siècle), accumulait des rebuts formant, pour les autres, un ensemble réutilisable de fragments, cartons, peaux, os, ferraille, etc. Si le chiffonnier est le parent pauvre du collectionneur, pour lui aussi, « le monde est présent et rangé dans chacun des objets qu’il possède ».
Pareillement, Pierre Faucheux est doublement un chiffonnier-collecteur et un choisisseur. Il bâtit des objets graphiques portant la trace lointaine ou proche des matériaux qu’il accumule pour et au travers des commandes et des collaborations que son atelier et lui-même honorent. Si cette figure se comprend d’abord au regard des nombreuses collections éditoriales dont Faucheux a élaboré le graphisme, celles-ci mettent en forme des principes d’identité et de variation, de distinction et de reprise, de différence et de répétition, qui sont aussi des notions pertinentes pour observer ses autres objets graphiques (maquettes de revues, affiches, collages et écartelages, etc.) ainsi que certaines de ses propositions architecturales.
Ce neuvième Crystal Maze — un dispositif qui convoque, entre autres, les principes du montage et de l’édition — propose ainsi un regard sur ces formes, ces rébus de rebuts, ces mélanges d’un flâneur de bibliothèques et d’un arpenteur d’espaces.

Crystal Maze VI – To Love a Bitch and a Fake (état 1)

Crystal Maze VI — To Love a Bitch and a Fake (état 1), avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Préface, Paris, 8 mars 2014. [+]



À l’invitation de la galerie Préface, ce Crystal Maze se présente comme une exposition éphémère interrogeant la figure des « faux-livres » au cinéma. Si les réalisateurs de films citent souvent la littérature au travers de romans-clés, ils peuvent parfois jouer de ces citations en fabriquant, littéralement, des livres qui n’existent pas.
Préface a accueilli une première collection de ces faux-livres reconstitués. Chacun d’eux apparaît dans un film particulier à un moment précis. Ce sont ces instants d’apparition, audio-décrits, qui tiennent lieu de cartels à un vide bavard, espace de toutes les projections possibles. À ces faux-livres incarnés par leur maquette en blanc s’est ajoutée une bande sonore et une série d’objets, amorces à la figure spéculaire du faux-livre : le faux-écrivain de cinéma… Le Crystal Maze VI est la combinaison d’un soir de ces deux acteurs.

Crystal Maze V – Haut les mains !

Crystal Maze V – Haut les mains !, avec Alex Balgiu, Brice Domingues et Catherine Guiral, Les Laboratoires d’Aubervilliers, 4 décembre 2013. [+]



Dans le cadre d’une résidence de l’écrivain Daniel Foucard aux Laboratoires d’Aubervilliers, l’agence du doute a été invitée à participer au cycle d’événements « Degré 48 ». Ce cycle consacré au(x) manisfeste(s) avait pour origine le travail du poète Illiazd et sa revue, Degré 41. Pour cette occasion, le Crystal Maze a été conçu comme une pièce de théâtre en deux actes où se rencontrent des images, des voix et des objets édités.

Iliazd mène au manifeste, le manifeste mène à la main, mais entre Iliazd et la main, rien de manifeste. Le Crystal Maze V est le récit de ce non-lien… Un non-lien déplié en images et en paroles (montage filmique, partie de cartes visuelle, lectures, générique édité), à travers un dispositif qui, dans son fonctionnement même, se voudrait un manifeste pour la pensée en escalier, la pensée digressive et associative, un manifeste pour la déterritorialisation, pour la pensée et l’action micro-collectives, pour le dialogue de la main, de la voix et du cerveau. Mais parce qu’il stratifie ces multiples orientations, le Crystal Maze V opère aussi un pas de côté vis-à-vis du manifeste considéré comme genre, et en conteste en particulier la dimension souvent univoque, la propension à une parole catégorique, définitive, irrévocable, assurée d’elle-même, qui sait trop où elle va. Sans relativisme pour autant, il s’agit alors d’explorer un registre de discours qui pourrait s’étendre entre le manifeste et l’essai, comme la forme manifestée d’un certain nombre d’opérations.

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, ouvrage collectif dirigé avec Catherine Guiral et Brice Domingues, textes de Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Catherine Guiral, Jérôme Faucheux, Laurence Moinereau et Sonia de Puineuf, Paris, B42 ; Toulouse, isdaT, 2013. [+]



Pierre Faucheux (1924-1999) a été l’une des figures majeures de l’édition française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Renouvelant largement ce champ du design graphique, il traversa la seconde moitié du XXe siècle en y laissant des empreintes multiples qui sont autant d’expérimentations revisitant les avant-gardes ou s’inscrivant dans les courants artistiques de son époque. En marge de son atelier, il développa un travail visuel constitué de collages et d’« écartelages » photographiques. Enfin, il consacra également sa carrière à l’architecture, en s’associant aux projets de divers architectes ou en élaborant des aménagements muséaux et des scénographies d’expositions.
Faucheux concevait l’architecture comme une écriture et la mise en livre comme un travail architectural : écrire l’espace et être un architecte du livre, tel fut le grand écart qu’il se proposa de tenir tout au long de sa carrière. À partir de cette notion d’écart, qu’il fit sienne à la suite de Charles Fourier puis des surréalistes, cette publication, qui fait suite à une recherche menée au sein de l’institut supérieur des arts de Toulouse, propose d’approfondir la connaissance critique du travail de Pierre Faucheux.

Culture Club

« Culture Club, une discussion autour des clubs du livre entre Alex Balgiu, Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Damien Gauthier et Catherine Guiral », The Shelf Journal, n°2, 2013. [+]


La majorité des personnes participant à cette discussion sont graphistes, tous sont enseignants, tous portent un intérêt au « phénomène » des Clubs qui démarrèrent au sortir de la seconde guerre sur un modèle importé des États-Unis pour finalement péricliter au milieu des années soixante. Vingt années durant lesquelles les Clubs se multiplièrent, proposant sous forme d’abonnement jusqu’à 4 livres par mois. L’objectif était de constituer une bibliothèque pour l’honnête homme alors que beaucoup de foyers avaient perdus leurs ouvrages durant le conflit mondial. Rééditions d’œuvres classiques, de romans appréciés mais aussi l’occasion pour les éditeurs de proposer de nouveaux auteurs, à un rythme soutenu. L’une des spécificités de l’offre de ces Clubs était de proposer des éditions « demi-luxe » conçue par un graphiste (alors appelé maquettiste) dont certains comme Faucheux ou Massin (pour citer deux noms emblématiques du graphisme français d’après-guerre) firent leurs premières armes au sein de ces Clubs avant de poursuivre une brillante carrière au-delà. 45 ans après leur quasi disparition, l’on perçoit un regain d’intérêt pour ces ouvrages que l’on retrouve chez un vieil oncle, dans les bacs de bouquinistes ou sur les étals des vides-greniers. Nombreux sont les graphistes qui aujourd’hui les regardent de près, les considèrent comme des réalisations exemplaires ou parfois même y font référence dans leur propre production. Quel intérêt ont-ils à tel point que des expositions leur sont aujourd’hui consacrées ?

Crystal Maze IV — 1 + 2 + 3 = 3 — Notre distraction favorite

« Crystal Maze IV — 1 + 2 + 3 = 3 — Notre distraction favorite », commissariat avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Nouveau Festival, Centre Pompidou, février-mars 2013. Avec Åbäke, Davide Balula, Roman Cieslewicz, Andrew Davidhazy, Marcel Duchamp, Libor Fára, Pierre Faucheux, Hans-Peter Feldmann, René Ferracci, Urs Fischer, Martino Gamper, Greenberg Associates, Milan Grygar, Raymond Hains, Hipgnosis, Guy Jouineau et Guy Bourduge, Jiří Kolář, Christian Marclay, Nagi Noda, Man Ray, Zbigniew Rybczynski, Andrew Sharpley, Laurie Simmons, John Stezaker, Peter Tscherkassky, VLF (Thomas Cristiani & Antoine Roux) [+]



Dans le cadre du quatrième Nouveau Festival au Centre Pompidou (à l’invitation de Catherine de Smet et Bernard Blistène) et en écho au travail de Pierre Faucheux (1924-1999), graphiste et directeur artistique dont la production fleuve s’étend des années 1950 aux années 1980, ce Crystal Maze est une exposition construite sur le principe du montage et réunissant des créateurs dont les œuvres sont la trace d’un désir visuel trouvant satisfaction dans l’usage et le dépaysement des images. L’agencement de ces créations et les différents événements qui accompagnent cette proposition mettent en évidence une culture visuelle et des procédés communs à un ensemble de graphistes, d’artistes, de photographes, de cinéastes, dont les travaux s’étendent du tout début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui et peuvent faire l’objet de rapprochements, parfois inattendus, tant sur le plan formel que conceptuel.
Il ne s’agit pas de mettre à jour des emprunts (qui, lorsqu’ils existent, sont souvent réciproques), ni d’établir des généalogies entre les pratiques mais de montrer ce que des travaux dont le rapprochement est parfois évident, parfois forcé, peuvent avoir de références communes ou de procédés partagés et comment ils constituent ensemble un pan de notre culture visuelle contemporaine.
Les contours de cette culture visuelle ont été identifiés à partir du travail du graphiste Pierre Faucheux, en particulier ses « écartelages » et le travail réalisé avec son atelier pour les couvertures du Livre de Poche. Ces travaux sont souvent sous-tendus par des emprunts iconographiques et des procédés tels que la déchirure, le découpage, le collage, le montage, la colorisation : autant d’opérations graphiques et plastiques qui dépaysent les images pour les offrir à d’autres registres et pour lesquelles le travail de Pierre Faucheux constitue une matrice inépuisable.