Paysages-papier

Paysages-papier, texte issu d’une résidence de recherche au Boudoir contemporain – bibliothèque d’art du DomaineM à Cérilly, sur une invitation de Sarah Deslandes et Audrey Martin. Livret 20 p. et poster publiés en complément des Cahiers n°17 du DomaineM : « Avec Jérôme Dupeyrat », juin 2019. [+] [+]



« Tout au monde existe pour finir dans un livre », aurait dit Mallarmé. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les livres certains fragments du monde et des vues que l’on porte sur lui — des herbiers et des recueils de botaniques jusqu’aux albums paysagers en passant par les descriptions littéraires, les cartes, etc. Mais au-delà de la capacité du livre à enferrer via des traductions et des remédiations diverses tout ce qui appartient à l’environnement des auteurs et des lecteurs, il est une hypothèse dont l’exploration s’avère fertile : celle qu’il y aurait un lien entre les plantes et les pages, les jardins et les bibliothèques, les paysages et les corpus livresques.

Mathieu Gargam, Stones & Roses

Texte pour le livre d’artiste de Mathieu Gargam, Stones & Roses, Actes Nord éditions & Tanuki Records, 2019. [+]



Des édifices de pierre — monuments ou constructions à l’état de vestiges, parmi lesquels s’immiscent quelques « édifices » naturels, façonnés par l’érosion — et des fleurs photographiées en gros plan : cette double typologie caractérise le contenu du livre Stones & Roses. Elle se constitue au fil d’images trouvées — initialement des diapositives —, présentées en vis-à-vis ou superposées selon un montage qui répond à des critères mouvants. Ceux-ci se manifestent de façon explicite ou opèrent de façon plus souterraine, en prenant en compte tous les aspects visuels des images réunies : leurs motifs, leur composition, leur surface, etc. […]

Bibliologie (radio edit)

« Bibliologie (radio edit) », interviews sur *DUUU radio, 2015-2018. [+]



En son sens le plus ouvert, la bibliologie est la science des livres et de l’écrit. « Bibliologie (radio edit) » est une série de conversations au sujet des pratiques éditoriales actuelles dans le champ élargi de l’art :

  • Le 21/12/2015 avec Camila-Oliveira Fairclough [+]
  • Le 20/06/2016 avec Jean-François Caro et Marie Lécrivain, éditions La Houle [+]
  • Le 09/10/16 avec Quentin Jouret, éditions Autrechose [+]
  • Le 03/09/2018 avec Maya Rochat [+]

Livres/expositions

« Livres/expositions : Vol.19 de Klaus Scherübel, Title of the Show de Julia Born, et THEREHERETHENTHERE de Simon Starling », FAIRE, N°11, 2018, 20 p. [+]



Ce texte a pour enjeu d’observer et d’analyser comment le travail de certains artistes et designers graphiques se construit dans une relation de réciprocité entre la pratique de l’édition et celle de l’exposition, spécifiquement selon deux modalités : l’exposition conçue comme un processus éditorial, selon un déplacement vers l’espace d’exposition de logiques d’écritures et de mise en forme ayant leur origine dans l’espace du livre ; le catalogue d’exposition considéré comme espace et comme mode d’amplification du travail artistique et curatorial, au-delà des stricts enjeux documentaires et critiques habituellement dévolus à ce type de publications.

Fluxus, Freinet : Enseigner et apprendre, arts vivants

« Fluxus/Freinet : Enseigner et apprendre, arts vivants », in L’édition comme expérience, publication en ligne par la Villa Arson, 2018. [Lire]



L’art et la pédagogie ont en partage de multiples questionnements, relatif à l’autonomie, à l’émancipation, à l’expérience, au jeu, etc., soit que les artistes et les pédagogues aient des cadres de pensée en commun, soit qu’il y ait entre eux de réels échanges voire influences. Concernant le XXe siècle en particulier, il est frappant de constater certains échos entre, d’une part, les avant-gardes historiques puis quelques décennies plus tard des phénomènes tels que Fluxus et, d’autre part, le courant pédagogique de l’Éducation nouvelle, qui se structura particulièrement entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire dans le laps de temps qui voit justement s’épanouir les avant-gardes artistiques et littéraires, et naître les artistes qui seront qualifiés de néo-avant-gardistes au tournant des années 1950 et 1960. Il s’agira ici d’évoquer ce terrain d’échanges, et plus spécifiquement quelques liens entre Fluxus, ou des artistes proches de Fluxus, et la pédagogie Freinet, en s’attachant à diverses éditions qui émanent de ces deux phénomènes.

La Bibliothèque grise — Ch. 2 : La Réserve

La Bibliothèque grise — Ch. 2 : La Réserve. Une collection proposée à l’usage par
Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar, avec la collaboration de Cécile Dumas, Sandra Foltz,
Jean Guillaud, Nicolas Lafon, et alii », Le BBB centre d’art, Toulouse, 24 janvier – 17 mars 2018. [+]



Depuis 2015, Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar mènent en duo le projet La Bibliothèque grise. Cette « bibliothèque » est constituée d’un ensemble de ressources (livres, images, objets) à l’origine d’expositions, d’éditions, de films et de projets pédagogiques à travers lesquels ils explorent des phénomènes liés à la circulation, à la transmission et au partage des connaissances et des savoirs. [Photos ci-dessus : Yohann Gozard]

Batia Suter, Parallel Encyclopedia

« Parallel Encyclopedia, Batia Suter », FAIRE, N°7, janvier 2018, 20 p. [+]



Depuis la fin des années 1990, Batia Suter collectionne des livres — de seconde main pour la plupart — qu’elle acquière en raison de leur iconographie, de sorte à constituer une banque d’images qui est localisée dans les rayons de sa bibliothèque. L’ensemble est devenu le matériau de base d’une œuvre qui consiste à présenter ces images selon une logique de montage visuel, en leur attribuant de nouvelles modalités d’apparition et donc de nouvelles possibilités d’interprétation. Parallel Encyclopedia est à ce jour le travail le plus conséquent de l’artiste. Mené depuis 2004, il a pris la forme de plusieurs installations et de deux ouvrages imposants édités par Roma publications en 2007 et en 2016. Chaque version du projet se caractérise par l’association de centaines d’images hétéroclites (historiques, artistiques, scientifiques, techniques) regroupées en fonction de liens typologiques et formels. D’un dispositif à l’autre, les modalités de présentation de ces images extraites de livres se renouvèlent : séquençage et sérialité des pages reliées ; constellations ou, au contraire, séquences linéaires d’images reproduites et exposées aux cimaises ; constellations ou séquences linéaires de pages de livres ouverts et déposés sur des supports plans. Bien que les images exposées soient les mêmes, ces diverses possibilités d’exposition en déterminent des lectures différentielles. Au-delà de la fascination qu’un tel projet peut engendrer, ce texte tente d’en saisir toute la complexité. Pour ce faire, le travail de Batia Suter est resitué au sein d’une histoire des pratiques iconographiques qui traverse différents champs d’activités et de connaissance. On s’attache par ailleurs à la trajectoire des images réunies dans Parallel Encyclopedia et aux effets des processus de remédiation auxquels elles sont livrées. Enfin, il s’agit de dessiner une figure de l’artiste en « éditrice » et d’étudier à la fois la fonction du design graphique dans son travail et la place que l’on peut attribuer à ce dernier dans le champ du design graphique, auquel Batia Suter n’appartient pas directement, mais qui traverse ses productions et auquel elle s’est confrontée concrètement dans le cadre de sa collaboration avec le graphiste Roger Willems pour la conception des deux volumes de l’encyclopédie qui, de fait, est aujourd’hui une référence tant pour de nombreux artistes que pour de tout aussi nombreux designers graphiques.

Ce que l’édition fait à l’art, ce que l’art fait à l’édition

« Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art, ce que l’art fait à l’édition », in Florence Aknin, Antoine Bertaudière, Angeline Ostinelli (éd.), Ce que l’édition fait à l’art, extraits d’une collection, Tombolo presses, 2017, p. 72-93. [+]



Catalogue d’une exposition autour des livres d’artistes et imprimés issus de la collection de Jean-Paul Guy, cet ouvrage porte son regard sur l’art résultant de pratiques éditoriales, et sur ce que devient le livre lorsque cet objet est investi par les artistes. Présentant 68 ouvrages (Ed Ruscha, Dieter Roth, Michael Snow, Robert Barry…), le catalogue dirigé par Antoine Bertaudière, Angeline Ostinelli, Florence Aknin et les étudiants de première année mention Design Graphique du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués de Bourgogne, entreprend de réunir dans une « forme de livre » les matières de l’exposition et de l’expérience pédagogique. Tout en conjuguant l’esprit libertaire du livre d’artistes à une référence bibliophile délicieusement en contradiction avec la théorie institutionnelle du genre, il s’ouvre par la séquence des premières de couverture des livres d’artistes travaillés par les étudiants. Il place la série de leurs doubles pages en son centre. Il finit par leurs quatrièmes de couverture. Il intercale les productions spécifiquement créées à l’occasion de l’exposition entre les matières « ressources » des livres d’artistes. Les documentations des propositions de lecture des étudiants se retrouvent, en symétrie, entre les séries de couvertures et de doubles-pages de référence. Le texte théorique de Jérôme Dupeyrat se place au centre des discours de l’exposition et au cœur du catalogue.

Édition d’artiste

Texte écrit pour le site web de Lendroit éditions. [Lire]
« Les livres et publications d’artistes se caractérisent par une recherche d’adéquation entre écriture éditoriale et intentions artistiques. Ils ne sont pas des livres à propos de l’art (livres d’art, écrits d’artistes, etc.), mais sont eux-mêmes de l’art, et ce tout en résultant de modes de production qui sont communs à la plupart des imprimés que nous pouvons rencontrer quotidiennement, de nos environnements bureautiques jusqu’aux librairies et aux bibliothèques.
Beaucoup de livres d’artistes peuvent être considérés comme des œuvres à part entière — des œuvres en exemplaires multiples —, d’autres déplacent les frontières entre l’art et la recherche, l’œuvre et le document, et résultent de démarches pour lesquelles la notion d’œuvre d’art s’avère quelque peu obsolète ou réductrice.
Tous s’inscrivent néanmoins dans l’activité artistique de leurs auteurs, tout en échappant la plupart du temps aux critères traditionnels de l’art et de l’appréciation esthétique. Les livres et publications d’artistes sont en effet l’un des phénomènes les plus représentatifs du potentiel de dé-définition et de déterritorialisation qu’a l’art contemporain dans ses expressions les plus radicales : celles qui mettent à mal les critères esthétiques et qui déplacent sans cesse les lieux et les conditions de réception des œuvres. »

Florilège vol.1

« Florilège vol.1 : Sangama », une proposition de Raffaella della Olga, Jérôme Dupeyrat, Camila Oliveira Fairclough et Angeline Ostinelli, en partenariat avec *DUUU radio, Paris, 27-30 avril 2017. [+] [+]



« Florilège, vol 1. Sangama » est une publication vivante dont le premier volume prend pour titre le nom d’un indien Yine d’Amazonie. Au début du XXe siècle, Sangama détourna les livres des colons européens pour les utiliser comme des supports d’interprétations et de visions inspirées de rituels chamaniques.
« Florilège » est une programmation de lectures, performances, projections, propositions dont les formes et les formats ouverts ont en commun d’actualiser, de partager et de transmettre des textes et des publications auprès d’une communauté éphémère.

Jeudi 27 avril
17h — Axelle Stiefel, Ouvrir avec son corps un espace pour le mot, lecture amplifiée
18h — Benoit Sanfourche, Relecture en définitive
19h — Émilie Pitoiset, Résister, lecture performée
20h — Loos’ Ass de gerlach en koop présenté par Yann Sérandour

Vendredi 28 avril
17h — Karina Bisch & Nicolas Chardon, The Art of Connoisseurs, discours
17h30 — Hélène Bertin, Réhydratation (2013), sculpture et infusion de plantes
18h — Hannah Weiner, Clairvoyant Journal, 1974, lecture proposée par future
19h — Hugo Pernet, Sept preuves d’amour, lecture
20h — Oliver Augst, MODÈLE KLOSSOWSKI pour rhythm composer TR-707

Samedi 29 avril
14h — Eric Watier, The scans collection, projection
15h — Claude Closky, Color me, éd. Sémiose, 2017, séance de coloriage
16h — Pierre Paulin, lecture
17h — Laurence Cathala, Les Exergues, lecture-projection
18h — Alex Balgiu et Olivier Lebrun, Bibliomania — John Form, récit
19h — Antoine Dufeu & Valentina Traïanova, Le lux est parti en vrille, Katran et Chroniques bretton-woodsiennes, lectures
20h — Carte blanche *DUUU Radio

Dimanche 30 avril
14h — Virginie Yassef, Dépourvus de paupières, les poissons sont tenus en éveil par la lumière, spectacle avec Ferdinand Perez et Ryu Braflan, Anthony Gérard pour le son
15h — Esther Ferrer, Questions avec réponses, performance
16h-18h — Quiproquo, troc d’éditions d’artistes
18h30 — Madeleine Aktypi, fodd, fodder, lancement/lecture
19h — Lancement de la revue Turpentine 5

Du 27 au 30 avril
Franck Leibovici, Lettres de Jérusalem, spam, 2012, lecture improvisée par le public
Arlène Berceliot Courtin, Deux trois choses que je sais d’elle, texte sous pli
Quiproquo #3, exposition des ouvrages participants au troc d’éditions

Session live « Florilège »

Session live à l’occasion de « Florilège, vol. 1 : Sangama », émission sur *DUUU radio avec Virginie Yassef, Angeline Ostinelli, Jérôme Dupeyrat et Nicolas Couturier (réal. Simon Nicaise et Loraine Baud), 29 avril 2017. [+]



« Florilège » est une publication vivante prenant la forme d’une programmation de lectures, performances, projections, propositions dont les formes et les formats ouverts ont en commun d’actualiser, de partager et de transmettre des textes et des publications auprès d’une communauté éphémère. Une proposition de Raffaella della Olga, Jérôme Dupeyrat, Camila Oliveira Fairclough et Angeline Ostinelli.

Livres d’artistes : a multi-person control situation

« Livres d’artistes : a multi-person control situation« , in Océane Delleaux (dir.), Les avancées de l’art multiplié [actes d’une journée d’étude à l’université de Picardie Jules Vernes, Amiens, mai 2013], Friville-Escarbotin, Friville Éditions, 2016, pp. 35-55 ; également publié dans l’ouvrage collectif Edith, Rouen, Esadhar, 2016, p. 186-195. [Lire]



À la suite du critique d’art Lawrence Alloway, la pratique du livre d’artiste a souvent été décrite comme une situation de contrôle par une seule personne : « a one-person control situation », ainsi qu’il l’écrivait en 1974. Bien que de nombreux commentateurs aient validé la pertinence de cette remarque, l’observation de certains livres d’artistes implique pourtant d’en préciser la portée et les implications, en particulier lorsqu’on considère la production des dix ou quinze dernières années, période lors de laquelle la pratique du livre d’artiste a connu un fort regain d’intérêt. Il importe ainsi de considérer le rôle que peuvent avoir d’autres personnes que les artistes eux-mêmes dans la réalisation des livres d’artistes, qui comme toutes autres éditions, sont souvent en réalité les produits d’un processus collectif, faisant intervenir un éditeur, un graphiste, un imprimeur, etc., dont le travail informe celui de l’artiste à des degrés variables.

Les éditions d’artistes et leur réception : entre provocations et malentendus

« Les éditions d’artistes et leur réception : entre provocations et malentendus », in Leszek Brogowski, Joseph Delaplace, Joël Laurent (dir.), Défier la décence : crise du sens et nouveaux visages du scandale dans l’art, Arras, Artois Presses Université, 2016, p. 77-92. [+]

Laurence Cathala, La vie des livres

« Laurence Cathala, La vie des livres », texte pour le site Documents d’artistes Rhône-Alpes, avril 2016. [Lire]


De diverses manières, livres, revues et imprimés traversent la majeure partie des œuvres de Laurence Cathala : ils y apparaissent au sein des bibliothèques qui meublent divers intérieurs dessinés par l’artiste, s’y manifestent comme images, comme objets factices, y sont convoqués sous des formes génériques, à l’état d’objets fantômes médiatisant l’absence du texte, au travers d’extraits empruntés ou inventés, ou sont enfin le lieu même de production et de diffusion du travail, la plupart de ces possibilités pouvant se combiner.

L’Art exposé, l’art édité

« L’Art exposé, l’art édité », The Shelf, n°4, mars 2016, p. 96-111. [+]



Lieux d’exposition et bibliothèques, œuvres exposées et publications, diffèrent le plus souvent du point de vue de leurs espaces, de leurs formes, de leurs statuts et de leurs modes d’existence. Pourtant, la pratique de l’exposition et celle de l’édition entrent souvent en correspondance. Une installation, une série photographique, une inscription murale ou un livre, peuvent être ainsi autant de versions d’un même projet artistique qui ne s’informe ni dans un médium exclusif ni à travers des limites matérielles définitives. Cette non-clôture de l’œuvre, qui favorise la variabilité des propositions artistiques en de multiples formes, formats et supports, est un héritage de l’art conceptuel, dans la mesure où celui-ci produit une différenciation de l’œuvre et de ses matérialisations possibles.

Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection

« Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection », commissariat d’exposition avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Musée Calbet, Grisolles, janvier-avril 2016 (scénographie : Camille Platevoet et Arnaud Daffos). [+]



En 1987, l’exposition « Quérir Choisir » au Musée National des Arts et Traditions Populaires présentait les nouvelles acquisitions versées à la collection du musée. Fondé en 1937 par Georges Henri Rivière, le MNATP célébrait également, avec cette exposition, ses cinquante ans d’existence. Sur le premier plat de couverture du catalogue, en pied de page, on peut reconnaître le logo dessiné par Pierre Faucheux en 1970-71. Graphiste et urbaniste français ayant traversé les Trente Glorieuses, Faucheux (1924-1999) est connu comme l’homme « aux millions de couvertures ». Comme par un heureux hasard, l’énoncé « Quérir Choisir » pourrait être un programme pour aborder sa production foisonnante, et en particulier pour se saisir de « l’esprit de collection » qui la traverse. Observer les collections et les séries que Pierre Faucheux a dessinées pour de nombreux éditeurs entre le début des années 1950 et la fin des années 1980 permet de regarder comment il a créé une grammaire graphique où choix de caractères typographiques, jeux de collages et utilisation de documents iconographiques fabriquent ce que le critique Charles Asselineau avait appelé, en 1866, des Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique, lorsque lui-même cataloguait les ouvrages de ses auteurs romantiques favoris en essayant d’en dégager les physionomies typiques.
Les « mélanges » organisés par Faucheux sont les indices d’une pratique de la collecte et de la collection que vient éclairer la reprise du titre de l’exposition de 1987, « Quérir Choisir ». Au jeu des étymologies, le quaere latin donne au verbe quérir la dimension de l’enquête à laquelle répond le regard posé sur d’éclectiques ensembles que suppose l’action de choisir. On complétera l’origine de ce dernier verbe avec la figure du choisisseur ou de la choisisseuse qui, au XVIIIe-XIXe siècle, découpait les chiffons ramenés dans les papeteries par le chiffonnier. Celui-ci, dont Walter Benjamin a écrit que ses gestes étaient « la caricature de ceux du collectionneur, son opposé et son double » (Paris, capitale du XIXe siècle), accumulait des rebuts formant, pour les autres, un ensemble réutilisable de fragments, cartons, peaux, os, ferraille, etc. Si le chiffonnier est le parent pauvre du collectionneur, pour lui aussi, « le monde est présent et rangé dans chacun des objets qu’il possède ».
Pareillement, Pierre Faucheux est doublement un chiffonnier-collecteur et un choisisseur. Il bâtit des objets graphiques portant la trace lointaine ou proche des matériaux qu’il accumule pour et au travers des commandes et des collaborations que son atelier et lui-même honorent. Si cette figure se comprend d’abord au regard des nombreuses collections éditoriales dont Faucheux a élaboré le graphisme, celles-ci mettent en forme des principes d’identité et de variation, de distinction et de reprise, de différence et de répétition, qui sont aussi des notions pertinentes pour observer ses autres objets graphiques (maquettes de revues, affiches, collages et écartelages, etc.) ainsi que certaines de ses propositions architecturales.
Ce neuvième Crystal Maze — un dispositif qui convoque, entre autres, les principes du montage et de l’édition — propose ainsi un regard sur ces formes, ces rébus de rebuts, ces mélanges d’un flâneur de bibliothèques et d’un arpenteur d’espaces.

Du livre d’artiste comme bibliothèque de papier

« Du livre d’artiste comme bibliothèque de papier », in Barbara Denis-Morel (dir.),
Les artistes face aux livres, Avranches, Scriptorial d’Avranches ; Nevers, Tombolo presses, 2015, pp. 40-51. [+]



En 1947, André Malraux constatait l’apparition d’un Musée Imaginaire « qui [allait] pousser à l’extrême l’incomplète confrontation imposée par les vrais musées : répondant à l’appel de ceux-ci, écrivait-il, les arts plastiques ont inventé leur imprimerie ». Si les livres peuvent être pour l’art des musées imaginaires, alors ne peuvent-ils pas être pour les autres livres — réels ou fictifs — des bibliothèques elles aussi imaginaires ? Et de même qu’il existe des « musées de papier », ne peut-on pas parcourir certains livres comme des bibliothèques imprimées ? Considéré de la sorte, le livre n’est plus seulement ce qui est censé trouver place dans une bibliothèque, mais également ce dans quoi une bibliothèque peut se constituer. Ces bibliothèques de papier, imaginaires ou virtuelles, peuvent prendre la formes de catalogues, de listes, de bibliographies ou d’anthologies. Il s’agira ici de s’interroger sur les enjeux de ces livres à la puissance livres dans le cas spécifique des publications d’artistes, qui mettent bien souvent en œuvre ce type de modèles.

documentation céline duval

« documentation céline duval », Critique d’art, printemps/été 2015, n°44, p.104-109. [Lire]



L’archiviste et l’iconographe sont deux figures majeures de la création actuelle, ainsi qu’en attestent publications et expositions depuis une dizaine d’années. Le travail de documentation céline duval s’inscrit dans cette perspective. Depuis 1998, l’artiste a constitué un fonds d’images photographiques composé de ses propres clichés, de photographies amateurs, de cartes postales et d’illustrations de magazines. Penser, classer, se saisir de la dimension plastique de ces images est ce à quoi s’emploie Céline Duval (née en 1974), en s’attachant aux représentations que celles-ci véhiculent et à la possibilité d’une écriture visuelle.

Publishing Art

« Publishing Art », Journal of Artist’s Books, n°37, avril 2015, p. 32-33. [+]

The growth of artist’s books in the 1960s and 1970s has to be viewed in relation to the forms and procedures of the art of that time, but also according to the desire to find an alternative to institutional contexts or art dealers. This will of the artists comes as much from necessity as choice: necessity, because the institutions of that time were showing little interest in recent works, which challenged the values of art established over the preceding decades; and choice, because the same institutions were the guardians of those very values, which is why the artists had to get out of their clutches, and set up alternative art institutions. But art institutions aren’t the only things that artist’s books called, and still do call, into question. Although it might be accidental, these publications also constitute an alternative to normal ways of publishing.

Éditer l’art / Featuring

« Éditer l’art », texte écrit pour un t-shirt concluant la résidence « Featuring » d’Emma Cozzani et Pablo Garcia à La Panacée, Montpellier, janvier 2015.


Éditer l’art,
c’est inscrire les œuvres dans l’histoire des formes éditoriales,
de l’encyclopédie au livre de poche,
du libelle au beau-livre,
du tract au catalogue,
du journal au magazine ;
c’est intégrer les œuvres d’art parmi les œuvres littéraires, les sciences, l’histoire, c’est-à-dire au sein de la culture dans son acception la plus large.
Éditer l’art c’est remettre en question nombre de critères, de valeurs et de notions qui fondent historiquement ce concept : l’unicité, l’originalité, l’œuvre, etc. ;
c’est ne plus considérer l’œuvre, quand œuvre il y a, comme une entité close et définitive ;
c’est faire de l’œuvre un média ;
c’est se donner la possibilité de la réédition ;
c’est faciliter la possibilité du don ou de l’échange.
Éditer l’art c’est le condenser dans un espace-temps qui se perçoit simultanément par la main, l’œil et le cerveau ;
c’est renouveler les schémas de réception esthétique en faisant du récepteur un lecteur ;
c’est substituer les librairies aux galeries, et les bibliothèques aux musées ;
c’est inventer des modèles d’exposition alternatifs, mais aussi et surtout des alternatives à l’exposition ;
c’est opposer à la logique centralisée des institutions artistiques traditionnelles le fonctionnement d’un réseau décentralisé ;
c’est affirmer l’autonomie totale de l’artiste-auteur-éditeur, ou affirmer au contraire un processus collectif faisant intervenir artistes, éditeurs, graphistes et imprimeurs d’une façon collaborative.
Éditer l’art c’est aussi proposer des alternatives à l’offre éditoriale commune ;
c’est s’approprier les conventions familières de l’édition pour les déplacer dans un champ d’activité qui leur est initialement étranger.
Éditer l’art, c’est proposer une conception de l’art comme pratique qui ne se restreint pas à la création d’œuvres mais qui s’élargit à leur production et à leur diffusion ;
c’est concevoir la pratique artistique comme un phénomène proprement politique par l’intégration de l’art à une stratégie culturelle critique et par la prise en compte du procès de production et de diffusion des œuvres.

Le livre d’artiste comme alternative à l’exposition

« Le livre d’artiste comme alternative à l’exposition », in Leszek Brogowski et Anne Moeglin-Delcroix (dir.), Le livre d’artiste : quels projets pour l’art ?, Rennes, Éditions Incertain Sens, 2014, pp. 179-190. [+]



Parmi les qualificatifs qui ont été attribués aux livres d’artistes depuis les années mille neuf cent soixante, celui d’« espace alternatif » (alternative space) est l’un de ceux qui reviennent le plus souvent. Espace alternatif, car dans le contexte artistique, culturel et politique des années soixante et soixante-dix, le livre et l’édition ont constitué pour de nombreux artistes un moyen efficace pour faire exister leur travail sous des formes nouvelles, en dehors des institutions artistiques et/ou marchandes dont les critères esthétiques et commerciaux n’étaient plus, pour un temps du moins, en adéquation avec des démarches telles que celles de l’art conceptuel ou de Fluxus. L’alternative dont il s’agit est en fait une alternative aux modes traditionnels de production et de diffusion de l’art, dont le plus emblématique est l’exposition sous forme d’accrochage d’œuvres d’art dans un lieu dévolu à cet effet, tel que la galerie ou le musée.

Voir également : Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszeck Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]

Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières

« Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières », in Éric Van Essche (dir.), Aborder les bordures : l’art contemporain et la question des frontières, Bruxelles, La Lettre volée, 2014, p.123-138. [+]



Les livres et les éditions d’artistes sont l’un des phénomènes les plus représentatifs du potentiel de dé-définition et de déterritorialisation qu’a l’art contemporain dans ses expressions les plus radicales : celles qui mettent à mal systématiquement les critères esthétiques et qui déplacent sans cesse les lieux et les conditions de réception des œuvres. Il s’agira ici d’analyser ces déplacements, qui opèrent autant aux frontières de l’art qu’aux niveaux des cadrages conceptuels délimitant les pratiques artistiques ou les catégories esthétiques. Ce faisant, il convient aussi de se demander ce que ces déplacements impliquent pour le commentateur. Car l’étude des publications d’artistes soulèvent des questionnements méthodologiques qui concernent les discours sur l’art contemporain en général : en effet, comment définir ce qui veut échapper à la définition sans l’altérer ou le trahir, comment expliciter ce qui invite à la contradiction ou au paradoxe en des termes qui en conservent la portée effective ? Autrement dit, comment saisir une pratique artistique qui se situe sur un terrain dont elle remet constamment en question les frontières ?

Claude Closky, Au fond de la piscine

« Claude Closky, Au fond de la piscine », texte écrit en accompagnement d’un livre d’artiste de Claude Closky : Au fond de la piscine, Montpellier, Esbama, juillet 2014, 208 p. [Lire]



Les livres et autres publications imprimées sont essentiels dans la pratique artistique de Claude Closky. Ils occupent « une grande place dans [son] activité, une petite place dans son économie », ainsi qu’il le dit avec un mélange d’objectivité et d’humour qui caractérise souvent son travail. Parce que celui-ci repose en grande partie sur le langage et que les livres en ont longtemps été le véhicule par excellence, parce que sa démarche est de nature systématique et que les livres se prêtent remarquablement, dans leur structure même, à l’exposition de systèmes, parce que Claude Closky a souvent proposé à travers son travail une analyse critique de notre environnement médiatique et que les livres, les journaux, les magazines, etc., sont des médias, pour toutes ces raisons, l’activité de publication et les espaces imprimés sont centraux dans son processus artistique.
Au fond de la piscine, le dernier livre en date de l’artiste, peut paraître quelque peu déroutant à la première « lecture », y compris pour celui qui est familier du travail de l’artiste. Et comme souvent, c’est paradoxalement la simplicité voire le caractère d’évidence de la proposition qui déroute…

Une Livre

Atelier « Braconnages » (dir. Laurence Cathala, Sébastien Dégeilh, Jérôme Dupeyrat, Olivier Huz), Une Livre, Marseille, Editions P ; Toulouse, isdaT, 2014. [+]



Cette publication restitue les expérimentations et les recherches conduites en 2013-2014 à l’institut supérieur des arts de Toulouse (isdaT beaux-arts) dans le cadre de l’atelier « Braconnages », dédié aux pratiques éditoriales dans le champ artistique. Ce projet a été mené en partenariat avec la médiathèque des Abattoirs, dont l’ampleur de la collection de livres d’art et de livres d’artistes offre un terrain propice à qui veut étendre sa culture éditoriale et produire des livres. Au sein de l’atelier, c’est à ces deux activités que se sont consacrés des étudiants inscrits dans les trois options qui structurent l’enseignement à l’isdaT beaux-arts : art, design et design graphique. Au fil de leurs contributions visuelles à cette publication et de trois entretiens réalisés avec des interlocuteurs rencontrés tout au long de l’année — Marc Camille Chaimowicz, Didier Mathieu, Jérôme Saint-Loubert Bié — il est question du plaisir d’agencer des choses ensemble (une définition possible de l’édition), de ce qu’il faut regarder dans les livres et de la façon de les classer dans les librairies et les bibliothèques, des logiques à l’œuvre dans une collection, de la possibilité pour les maquettistes de journaux de bénéficier d’une carte de presse, de la dimension collective du travail éditorial, des frontières entre les différents types de livres et de leurs déplacements, de bibliophilie parfois cheap, de livres d’artistes, de Flaubert et des disques seven tracks, de papiers peints et de cartes postales, de chasse et de mode, etc. S’il est question de « braconnages » ici, c’est en raison de nombreuses incursions interdisciplinaires et du fait d’une relation à la trouvaille, à la prise, que connait bien l’amateur de livres.

Crystal Maze VI – To Love a Bitch and a Fake (état 1)

Crystal Maze VI — To Love a Bitch and a Fake (état 1), avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Préface, Paris, 8 mars 2014. [+]



À l’invitation de la galerie Préface, ce Crystal Maze se présente comme une exposition éphémère interrogeant la figure des « faux-livres » au cinéma. Si les réalisateurs de films citent souvent la littérature au travers de romans-clés, ils peuvent parfois jouer de ces citations en fabriquant, littéralement, des livres qui n’existent pas.
Préface a accueilli une première collection de ces faux-livres reconstitués. Chacun d’eux apparaît dans un film particulier à un moment précis. Ce sont ces instants d’apparition, audio-décrits, qui tiennent lieu de cartels à un vide bavard, espace de toutes les projections possibles. À ces faux-livres incarnés par leur maquette en blanc s’est ajoutée une bande sonore et une série d’objets, amorces à la figure spéculaire du faux-livre : le faux-écrivain de cinéma… Le Crystal Maze VI est la combinaison d’un soir de ces deux acteurs.

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, ouvrage collectif dirigé avec Catherine Guiral et Brice Domingues, textes de Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Catherine Guiral, Jérôme Faucheux, Laurence Moinereau et Sonia de Puineuf, Paris, B42 ; Toulouse, isdaT, 2013. [+]



Pierre Faucheux (1924-1999) a été l’une des figures majeures de l’édition française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Renouvelant largement ce champ du design graphique, il traversa la seconde moitié du XXe siècle en y laissant des empreintes multiples qui sont autant d’expérimentations revisitant les avant-gardes ou s’inscrivant dans les courants artistiques de son époque. En marge de son atelier, il développa un travail visuel constitué de collages et d’« écartelages » photographiques. Enfin, il consacra également sa carrière à l’architecture, en s’associant aux projets de divers architectes ou en élaborant des aménagements muséaux et des scénographies d’expositions.
Faucheux concevait l’architecture comme une écriture et la mise en livre comme un travail architectural : écrire l’espace et être un architecte du livre, tel fut le grand écart qu’il se proposa de tenir tout au long de sa carrière. À partir de cette notion d’écart, qu’il fit sienne à la suite de Charles Fourier puis des surréalistes, cette publication, qui fait suite à une recherche menée au sein de l’institut supérieur des arts de Toulouse, propose d’approfondir la connaissance critique du travail de Pierre Faucheux.

L’édition comme pratique d’exposition alternative

« L’édition comme pratique d’exposition alternative », in Valérie Kobi et Thomas Schmutz (dir.), Les Lieux d’exposition et leurs publics. Ausstellungsorte und ihr Publikum, Berne, Peter Lang, 2013, p.163-186. [+]

Les livres d’artistes se sont développés comme une alternative critique aux modes traditionnels de production et surtout de diffusion de l’art, dont les expositions sont le dispositif le plus emblématique à l’époque contemporaine. En fait, il apparaît que les livres d’artistes se positionnent constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition. C’est cette ambivalence qu’il s’agira ici de mettre en évidence, en étant particulièrement attentif aux conséquences qu’elle implique pour l’économie générale de l’œuvre d’art et les processus de réception esthétique.

Voir également : Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszeck Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]

« De l’amour des livres de l’amour »

« De l’amour des livres de l’amour, une discussion entre Thierry Chancogne et Jérôme Dupeyrat », in La fille, le fruit, le perroquet et la piqûre à cheval, , Tombolo presses, 2013, n.p. [+]



Jérôme Dupeyrat : Je noterai plusieurs choses en écho à ce que tu exposes là. Tout d’abord que l’histoire du livre — ou peut-être plutôt l’histoire de la réception et de la perception du livre — oscille entre deux conceptions. D’une part le livre peut être perçu comme un objet matériel, conception qui trouverait son aboutissement dans la bibliophilie, entendue non pas simplement comme un « amour du livre », mais comme une catégorie esthétique et économique : livres rares, précieux, ouvragés artisanalement, etc. D’autre part nous pouvons penser le livre comme un espace de savoir, de connaissance, d’information, selon une conception qui tend à nous faire appréhender le livre comme support et comme média, plutôt que comme forme ou objet, en le définissant du point de vue de ses contenus plutôt qu’en fonction de la manière dont lesdits contenus sont rendus accessibles par leur matérialisation. Ce tiraillement ne fait finalement que s’inscrire dans une série de vieilles distinctions entre pratique et théorie, forme et contenu, etc. Or ces catégories sont perméables les unes aux autres…

Culture Club

« Culture Club, une discussion autour des clubs du livre entre Alex Balgiu, Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Damien Gauthier et Catherine Guiral », The Shelf Journal, n°2, 2013. [+]


La majorité des personnes participant à cette discussion sont graphistes, tous sont enseignants, tous portent un intérêt au « phénomène » des Clubs qui démarrèrent au sortir de la seconde guerre sur un modèle importé des États-Unis pour finalement péricliter au milieu des années soixante. Vingt années durant lesquelles les Clubs se multiplièrent, proposant sous forme d’abonnement jusqu’à 4 livres par mois. L’objectif était de constituer une bibliothèque pour l’honnête homme alors que beaucoup de foyers avaient perdus leurs ouvrages durant le conflit mondial. Rééditions d’œuvres classiques, de romans appréciés mais aussi l’occasion pour les éditeurs de proposer de nouveaux auteurs, à un rythme soutenu. L’une des spécificités de l’offre de ces Clubs était de proposer des éditions « demi-luxe » conçue par un graphiste (alors appelé maquettiste) dont certains comme Faucheux ou Massin (pour citer deux noms emblématiques du graphisme français d’après-guerre) firent leurs premières armes au sein de ces Clubs avant de poursuivre une brillante carrière au-delà. 45 ans après leur quasi disparition, l’on perçoit un regain d’intérêt pour ces ouvrages que l’on retrouve chez un vieil oncle, dans les bacs de bouquinistes ou sur les étals des vides-greniers. Nombreux sont les graphistes qui aujourd’hui les regardent de près, les considèrent comme des réalisations exemplaires ou parfois même y font référence dans leur propre production. Quel intérêt ont-ils à tel point que des expositions leur sont aujourd’hui consacrées ?

Emprunts et remédiation

« Emprunts et remédiation », communication lors de la journée d’étude « L’image empruntée : l’artiste comme éditeur », Université Toulouse II-Le Mirail (laboratoire LLA-CREATIS) / Institut supérieur des arts de Toulouse (ISDAT) / musée des Abattoirs, le 24 janvier 2013.

Lorsque les artistes travaillent avec des images empruntées, l’utilisation de ces dernières implique le plus souvent le passage d’un médium et/ou média à un autre : passage d’une forme imprimée à une autre, du livre au web, du web au papier, du papier à l’écran, du cinéma à l’édition, de l’édition à l’exposition, etc. Il s’agit ici d’étudier ces remédiations ainsi que les processus d’adaptation, de traduction et de transposition qui en résultent, afin de saisir quels sont leurs effets sur l’économie et la réception des images.

Publier et exposer—Exposer et publier

« Publier et exposer—Exposer et publier », in Clémentine Mélois (dir.), Publier ]…[ Exposer : les pratiques éditoriales et la question de l’exposition, Nîmes, École supérieure des beaux-arts, 2012, p. 31-45. [Lire]



Le phénomène du livre et des éditions d’artistes se positionne et se développe constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition. « Pratiques d’exposition alternatives » parce que les livres d’artistes offrent un moyen de monstration et de diffusion de l’art répondant à d’autres modalités que celles de l’exposition dans les formes que désigne habituellement ce terme. De ce point de vue, tout livre d’artiste peut s’appréhender comme mode d’exposition à part entière, tout en offrant pour ainsi dire un moyen d’exposer sans cimaise. Mais aussi « pratiques alternatives à l’exposition » parce que, ce faisant, ils permettent de produire de l’art sans recourir à la pratique de l’exposition telle qu’elle est conventionnellement envisagée dans la sphère artistique, et adressent ainsi souvent une critique en actes à l’égard de cette pratique et surtout à l’égard des attitudes et des valeurs qui la sous-tendent : l’art comme objet, voire comme marchandise ; l’art comme activité spécialisée ne pouvant advenir que dans des lieux institués à cet effet ; la contemplation comme modalité de la réception esthétique ; etc.
Il convient alors de distinguer l’exposition au sens où on l’entend en principe dans le monde de l’art — modalité de l’existence publique de l’art la plus courante, et dont les livres d’artistes diffèrent assez profondément — et ce que l’on pourrait nommer une fonction ou une valeur d’exposition — fonction que les livres d’artistes mettent en œuvre dans la mesure où ils permettent une visibilité et une diffusion de l’art sous une forme spécifique, par les moyens du livre et de la page, ou en tous cas de l’imprimé et de la reproductibilité.

A kind of « huh? »

A kind of « huh? », avec Aurore Chassé, Claude Closky, Information as Material, Julien Nédélec, Ed Ruscha, commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Toulouse, Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées (médiathèque) / Espace d’art de Grenade, novembre 2012 – mai 2013.



« J’ai compris qu’il y avait dans ce livre une chose inexplicable, mais que je recherchais depuis longtemps. Une sorte de ‘hein?' ». Cette phrase de l’artiste Ed Ruscha, à propos de son livre Twentysix Gazoline Stations (1963), pourrait se rapporter aux œuvres réunies dans cette exposition.
Parmi celles-ci se trouvent une installation, des volumes, des vidéos, des photographies, mais aussi de nombreuses éditions d’artistes, dont le fonds de la médiathèque des Abattoirs offre une remarquable connaissance. Des livres et des éditions d’artistes car une médiathèque est l’un des lieux les plus appropriés pour rendre visible ce type de productions. Des œuvres impliquant d’autres médiums que le livre et l’édition, car tout en offrant une alternative au fonctionnement conventionnel de l’art, les livres d’artistes ne constituent pas une sphère autonome, confidentielle ou marginale au sein de la création contemporaine, mais s’y inscrivent pleinement.
Les démarches dont l’exposition rend compte se fondent sur une mise en tension de ce qui est évident et de ce qui est indéchiffrable, de ce qui semble logique ou rationnel et de ce qui semble absurde, de ce qui est affirmé et de ce qui n’est pas dit, de ce qui est simple et de ce qui est hermétique, de ce qui est perceptif et de ce qui est déceptif. De cette tension résulte l’effet « huh? » : un effet ténu, fugitif, variable, qui se manifeste dans ce moment où ayant perçu une chose, on n’en saisit pas encore le sens ou l’objet ; lorsque la contradiction, l’ambivalence, le doute ou la perte de repères se chargent paradoxalement d’une valeur positive et constructive. Car l’effet « huh? » est en fait un moteur du processus de réception esthétique.

17 x 5

17 x 5, neuf marques-pages de documentation céline duval, Lefevre Jean Claude, Roberto Martinez, Julien Nédélec, Alexandre Périgot, Hubert Renard, Yann Sérandour, Batia Suter et Éric Watier, édités par Jérôme Dupeyrat, 2012.



Ces marques-pages ont été édités en lien avec la thèse Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]
Ils forment une exposition au périmètre mouvant, disséminée par des lecteurs dans les livres où ces derniers décident de les placer.

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]



Cette thèse envisage le phénomène du livre d’artiste tel qu’il se développe dans sa relation à la notion et à la pratique d’exposition depuis les années 1960. L’exposition est ici considérée selon un double point de vue : d’une part comme le dispositif institutionnel le plus courant de manifestation de l’art ; d’autre part comme une fonction se rapportant à la visibilité des œuvres. Il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes peuvent s’appréhender entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives. Pratiques d’exposition alternatives dans la mesure où le livre et l’imprimé sont potentiellement des modes de visibilité de l’art ; pratiques alternatives à l’exposition parce que ce moyen de visibilité est très différent de ce que l’on nomme usuellement une exposition. À travers l’étude de cette tension dialectique entre l’édition et l’exposition, il s’agit de préciser quelle est l’économie artistique et quelles sont les conditions de réception esthétique que proposent les livres et les éditions d’artistes, et ainsi de comprendre en quel sens et à l’égard de quelles normes ou de quelles instances ils ont une valeur dite « alternative ». De la sorte, il est également question de la place qu’occupent les livres d’artistes dans le système de l’art contemporain et des effets qu’ils exercent sur celui-ci.

Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète »

Cycle de conférences Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 2 avril 2012.


Des avant-gardes jusqu’à aujourd’hui, certaines formes et certains supports d’édition éphémères et/ou précaires s’affirment entre fonction informative et manifestations artistiques.
Empruntant les modèles de la communication politique et publicitaire tout en en détournant les codes et les objectifs, il s’agit de médias alternatifs – tant par leurs contenus que leurs modes de diffusion – qui opposent à la propagande et à la communication de masse une pratique de l’art discrète, si ce n’est invisible en tant que telle, et pourtant efficiente sur les plans esthétique et politique.

Art & éditions : « All media give shape to experience « 

Cycle de conférences Art & Édition : « All media give shape to experience », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 19 mars 2012.


De la télé au livre imprimé, de l’imprimé à l’exposition et de l’exposition au livre, du livre au web et du numérique au papier : observer quelques objets éditoriaux qui résultent du passage d’un média/médium à un autre, et comprendre les effets de ces processus de remédiation, entre adaptations, traductions, déclinaisons et transpositions.

Art & Édition : Livres d’artistes et pratiques d’exposition

Cycle de conférences Art & Édition : « Livres d’artistes et pratiques d’exposition », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 23 janvier 2012.


La pratique du livre d’artiste telle qu’elle se développe depuis les années 1960 constitue une alternative critique aux modes traditionnels de production et de diffusion de l’art, dont les expositions sont le dispositif le plus emblématique à l’ère moderne et contemporaine. Pourtant, de nombreuses éditions d’artistes sont éditées par des lieux d’art à l’occasion de tels évènements. De ce constat paradoxal émerge la nécessité d’étudier de plus près les relations entre pratiques d’édition et pratiques d’exposition dans l’art contemporain. Où il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes se positionnent constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition…

Mange ta soupe

« Mange ta soupe » / « Eat your soup », Journal du Salon Light #8, Chatou, Cneai, 2011. [Lire] [Read]

L’édition suscite depuis la fin des années 1990, et surtout depuis les années 2000, un fort intérêt dans le champ de l’art, intérêt qui se cristallise particulièrement autour du livre d’artiste et des pratiques éditoriales qui peuvent s’y rapporter à divers titres. Le phénomène n’est pas nouveau mais son ampleur semble inédite. En atteste non seulement une production pléthorique de livres, de revues et autres imprimés ayant des artistes pour auteurs, comme cela avait pu être le cas dans les années 1960-70 — que cette production soit auto-éditée, micro-éditée ou institutionnelle — mais aussi le nombre des publications, des conférences, des expositions, des salons consacrés à la question.
Si quiconque aime les livres peut s’en réjouir, on peut néanmoins s’interroger sur les raisons d’un tel phénomène à l’heure où l’édition fait l’objet de tant de spéculations quant à son avenir. Le livre serait-il toujours « le meilleur médium pour beaucoup d’artistes d’aujourd’hui », comme l’affirmait Sol LeWitt il y a trente-cinq ans ?

« Des pages (un livre) »

Texte écrit pour un livre d’artiste de Mathieu Harel Vivier : ISBN : 978-2-906890-07-7, Rennes, La Criée, centre d’art contemporain, 2011, n.p. [+]



Dans ce livre édité par La Criée centre d’art contemporain apparaissent deux séries photographiques, Spectre et Errance. De prime abord, tout semble les opposer : l’une est figurative et en couleurs, l’autre abstraite et en noir et blanc. Pourtant, en les disséminant dans un livre dont les principales composantes sont identiques, c’est la possibilité de considérer ces images comme équivalentes qui est suggérée. Leur montage sous la forme d’un unique corp(u)s d’images dans lequel se répercutent les plis et les coupes des pages contribue à donner des photographies qui y sont imprimées une lecture spécifique. […] Une répartition aléatoire des cahiers composant le livre implique des combinaisons de pages différentes d’un exemplaire à un autre. […] Ce livre déplace les lignes du multiple et de l’unique et dément les postulats traditionnellement attachés à l’idée d’une perte de l’aura.

Tracts : dissémination discrète

« Tracts : dissémination discrète », Pratiques, réflexion sur l’art, n°21, automne 2010, p. 37-48. [+]



Des avant-gardes jusqu’à aujourd’hui, les tracts d’artistes s’affirment entre fonction informative et manifestations artistiques. Empruntant les modèles de la communication politique et publicitaire tout en en détournant les codes et les objectifs, ils sont des médias alternatifs – tant par leurs contenus que leurs modes de diffusion – qui opposent à la propagande et à la communication de masse une pratique de l’art discrète et pourtant efficiente sur les plans esthétique, social ou politique.

Pascal Martinez

« Préface », in Catalogue Pascal Martinez, Marseille, Editions P, 2010, p. 5-9. [+]



La présente monographie est guidée par un choix qui pourra sembler paradoxal : celui de n’y publier aucune image, aucune reproduction d’œuvre (pages de garde mises à part), alors même que Pascal Martinez est un artiste visuel, dont la pratique est largement consacrée à la photographie et à la vidéo. À contre-courant des usages les plus fréquents, c’est donc exclusivement ou presque par l’écrit qu’est ici convoqué le travail de l’artiste.