Paysages-papier

Paysages-papier, texte issu d’une résidence de recherche au Boudoir contemporain – bibliothèque d’art du DomaineM à Cérilly, sur une invitation de Sarah Deslandes et Audrey Martin. Livret 20 p. et poster publiés en complément des Cahiers n°17 du DomaineM : « Avec Jérôme Dupeyrat », juin 2019. [+] [+]



« Tout au monde existe pour finir dans un livre », aurait dit Mallarmé. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les livres certains fragments du monde et des vues que l’on porte sur lui — des herbiers et des recueils de botaniques jusqu’aux albums paysagers en passant par les descriptions littéraires, les cartes, etc. Mais au-delà de la capacité du livre à enferrer via des traductions et des remédiations diverses tout ce qui appartient à l’environnement des auteurs et des lecteurs, il est une hypothèse dont l’exploration s’avère fertile : celle qu’il y aurait un lien entre les plantes et les pages, les jardins et les bibliothèques, les paysages et les corpus livresques.

Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes « conceptuels »

« Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes ‘conceptuels' », in Danièle Méaux (dir.), Livres de photographies et de mots, Caen, Minard, coll. « La Revue des Lettres Modernes » / série « Lire et Voir », 2009, p. 157-172. [+]



Depuis les années 1960, les artistes contemporains, et en particulier les artistes conceptuels, ont fait grand usage du livre pour concevoir des œuvres associant texte et photographie, deux matériaux privilégiés de leur démarche. Paradoxalement, alors que le XXe siècle a vu l’avènement d’une culture de l’image (cinéma, télévision, publicité) il a aussi été celui d’un débordement de l’art au-delà de ce domaine auquel il était traditionnellement lié, et parfois même à rebours de celui-ci. Ainsi, le texte fait une irruption significative dans les arts plastiques à l’époque des avant-gardes (cubisme, futurisme, dada). Il devient omniprésent à la fin des années 1960 chez les artistes conceptuels soucieux de rompre avec un art rétinien et d’investir le champ du langage, ainsi que chez de nombreux artistes qui œuvrèrent dans le domaine de la poésie visuelle ou concrète avant d’en venir aux arts plastiques. Mais les années 1960 puis 1970 sont aussi celles du recours de plus en plus fréquent à la photographie en tant qu’outil de démarches artistiques fort diverses. Supposée plus à même d’entretenir un rapport objectif au réel que la peinture, la photographie convainc en effet de nombreux artistes préférant constater et collecter ce qui existe déjà plutôt que créer de nouveaux objets. Toutes ces orientations artistiques, contemporaines de l’émergence du livre d’artiste, nourries par lui et ayant contribué à son développement jusqu’à aujourd’hui, en ont fait un lieu fondamental de conciliation de la photographie et du texte.