Sylvain Bourget

« Insolitus. La sottise et l’idiotie peuvent-elles casser des briques ? » [à propos de Sylvain Bourget], Superstition, n°3, printemps 2012, p. 13-15. [Lire]



En 1988, un individu nommé Pascal Thomas a réalisé un marteau de 4,54 m de long pour un poids de 720 kg. En 2009, Sylvain Bourget a réalisé une œuvre (et d’autres selon le même principe au sein de la série Les objets records) qui relate cet exploit à l’échelle 1/18 ème. Tout en restituant le gigantisme de l’objet en le confrontant à une figurine humaine selon des rapports de proportion conformes à l’original, sa réduction en désamorce pourtant la dimension spectaculaire, le marteau ayant retrouvé taille normale.
Depuis quelques années, à travers sculptures, dessins et animations vidéos, l’artiste convoque selon des principes analogues un champ de références qui est celui des records, des exploits, des concours et « proto-sports » en tous genres, à travers des procédures plastiques qui impliquent le plus souvent la simplification graphique, l’abstraction ou la miniaturisation, autant de moyens qui permettent de tenir à distance des faits et des gestes pouvant susciter en premier lieu une sotte fascination. De la sottise, il y en a dans les œuvres de Sylvain Bourget. C’est elle qui leur confère un humour constituant souvent la première porte d’entrée dans son travail, que l’on ne saurait toutefois réduire à cette seule dimension. Si sottise il y a ici, c’est d’ailleurs au titre d’une « sottise positive », que Clément Rosset distingue de la « sottise négative » en ce qu’elle n’est pas pas une attitude passive (ne pas comprendre, rester bête) mais une posture hautement active, une manière d’être au monde en se consacrant corps et âmes à quelques occupations absurdes qui deviennent pure activité.