Entretiens : Perspectives contemporaines sur les publications d’artistes

Entretiens : Perspectives contemporaines sur les publications d’artistes, Rennes, éditions Incertain Sens, 2017, 312 p. Entretiens avec Laurence Aëgerter, antoine lefebvre editions, Pierre-Olivier Arnaud, Ludovic Burel, Claude Closky, Daniel Gustav Cramer, documentation céline duval, Ben Kinmont, Sharon Kivland, Stéphane Le Mercier, Sara MacKillop, Mazaccio & Drowilal, Jonathan Monk, Julien Nédélec & Éric Watier, Camila Oliveira Fairclough, Michalis Pichler, Hubert Renard, Joachim Schmid, Yann Sérandour, David Shrigley, Derek Sullivan, Batia Suter et Nick Thurston. [+]



Ce livre réunit vingt-trois entretiens avec vingt-cinq artistes qui font de l’édition une pratique artistique. Dans un contexte où les publications d’artistes suscitent l’intérêt de nombreux acteurs du champ de l’art, il s’agit d’offrir des perspectives contemporaines sur ce phénomène, marqué par une tension entre des positionnements alternatifs et la recherche d’une reconnaissance institutionnelle. Les propos des artistes sollicités ont ainsi été collectés afin de dessiner un panorama des publications d’artistes aujourd’hui, et pourront être lus au regard d’un double questionnement : quels sont, parmi les outils qui ont permis de penser la pratique du livre d’artiste ces dernières décennies, ceux qui restent opérants pour en comprendre les manifestations actuelles ? Quels sont les enjeux qui semblent spécifiques à ces manifestations récentes et quelle est la nature des évolutions dont ils témoignent, en lien avec un contexte élargi de l’art et de l’édition ? Bien que les pratiques actuelles n’induisent pas une remise en cause radicale des hypothèses et des arguments proposés jusqu’à ce jour au sujet des publications d’artistes, ces entretiens suggèrent des enjeux formulés différemment, et donnant lieu à de nouvelles attitudes. Ce sont ces dernières dont ce livre rend compte, à travers un matériau de première main.

Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières

« Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières », in Éric Van Essche (dir.), Aborder les bordures : l’art contemporain et la question des frontières, Bruxelles, La Lettre volée, 2014, p.123-138. [+]



Les livres et les éditions d’artistes sont l’un des phénomènes les plus représentatifs du potentiel de dé-définition et de déterritorialisation qu’a l’art contemporain dans ses expressions les plus radicales : celles qui mettent à mal systématiquement les critères esthétiques et qui déplacent sans cesse les lieux et les conditions de réception des œuvres. Il s’agira ici d’analyser ces déplacements, qui opèrent autant aux frontières de l’art qu’aux niveaux des cadrages conceptuels délimitant les pratiques artistiques ou les catégories esthétiques. Ce faisant, il convient aussi de se demander ce que ces déplacements impliquent pour le commentateur. Car l’étude des publications d’artistes soulèvent des questionnements méthodologiques qui concernent les discours sur l’art contemporain en général : en effet, comment définir ce qui veut échapper à la définition sans l’altérer ou le trahir, comment expliciter ce qui invite à la contradiction ou au paradoxe en des termes qui en conservent la portée effective ? Autrement dit, comment saisir une pratique artistique qui se situe sur un terrain dont elle remet constamment en question les frontières ?

La quatrième classe

« La quatrième classe » [commissariat d’exposition], avec Robert Barry, Daniel Buren, Julie Marie Cazard, herman de vries, Amélie Dubois, IKHÉA©SERVICES, Jonathan Monk, Claire Morel, Julien Nédélec, Conny Purtill, Yann Sérandour, Laurent Sfar, Nick Thurston], Florence Loewy… by artists, Paris, 23 novembre – 21 décembre 2013.



l’exposition La quatrième classe réunit diverses propositions artistiques liées au livre et à l’édition (livres d’artistes, pageworks, œuvres se référant à un livre, interventions ayant la bibliothèque ou la librairie comme site), qui ont en commun de donner corps à des réalités discrètes ou inframinces dont l’existence procède d’une absence, et la substance d’une vacance. Ces œuvres se fondent sur la matérialisation du vide, sur la désignation paradoxale de choses non perceptibles, sur l’effacement ou sur la soustraction. Chacun de ces gestes a des implications artistiques et politiques spécifiques mais ils ont en commun une économie esthétique qui conjugue le conceptuel au sensible en faisant apparaître ce dernier là où il n’y a pas ou plus ce qui pourrait s’y trouver.

Publier et exposer—Exposer et publier

« Publier et exposer—Exposer et publier », in Clémentine Mélois (dir.), Publier ]…[ Exposer : les pratiques éditoriales et la question de l’exposition, Nîmes, École supérieure des beaux-arts, 2012, p. 31-45. [Lire]



Le phénomène du livre et des éditions d’artistes se positionne et se développe constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition. « Pratiques d’exposition alternatives » parce que les livres d’artistes offrent un moyen de monstration et de diffusion de l’art répondant à d’autres modalités que celles de l’exposition dans les formes que désigne habituellement ce terme. De ce point de vue, tout livre d’artiste peut s’appréhender comme mode d’exposition à part entière, tout en offrant pour ainsi dire un moyen d’exposer sans cimaise. Mais aussi « pratiques alternatives à l’exposition » parce que, ce faisant, ils permettent de produire de l’art sans recourir à la pratique de l’exposition telle qu’elle est conventionnellement envisagée dans la sphère artistique, et adressent ainsi souvent une critique en actes à l’égard de cette pratique et surtout à l’égard des attitudes et des valeurs qui la sous-tendent : l’art comme objet, voire comme marchandise ; l’art comme activité spécialisée ne pouvant advenir que dans des lieux institués à cet effet ; la contemplation comme modalité de la réception esthétique ; etc.
Il convient alors de distinguer l’exposition au sens où on l’entend en principe dans le monde de l’art — modalité de l’existence publique de l’art la plus courante, et dont les livres d’artistes diffèrent assez profondément — et ce que l’on pourrait nommer une fonction ou une valeur d’exposition — fonction que les livres d’artistes mettent en œuvre dans la mesure où ils permettent une visibilité et une diffusion de l’art sous une forme spécifique, par les moyens du livre et de la page, ou en tous cas de l’imprimé et de la reproductibilité.

A kind of « huh? »

A kind of « huh? », avec Aurore Chassé, Claude Closky, Information as Material, Julien Nédélec, Ed Ruscha, commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Toulouse, Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées (médiathèque) / Espace d’art de Grenade, novembre 2012 – mai 2013.



« J’ai compris qu’il y avait dans ce livre une chose inexplicable, mais que je recherchais depuis longtemps. Une sorte de ‘hein?' ». Cette phrase de l’artiste Ed Ruscha, à propos de son livre Twentysix Gazoline Stations (1963), pourrait se rapporter aux œuvres réunies dans cette exposition.
Parmi celles-ci se trouvent une installation, des volumes, des vidéos, des photographies, mais aussi de nombreuses éditions d’artistes, dont le fonds de la médiathèque des Abattoirs offre une remarquable connaissance. Des livres et des éditions d’artistes car une médiathèque est l’un des lieux les plus appropriés pour rendre visible ce type de productions. Des œuvres impliquant d’autres médiums que le livre et l’édition, car tout en offrant une alternative au fonctionnement conventionnel de l’art, les livres d’artistes ne constituent pas une sphère autonome, confidentielle ou marginale au sein de la création contemporaine, mais s’y inscrivent pleinement.
Les démarches dont l’exposition rend compte se fondent sur une mise en tension de ce qui est évident et de ce qui est indéchiffrable, de ce qui semble logique ou rationnel et de ce qui semble absurde, de ce qui est affirmé et de ce qui n’est pas dit, de ce qui est simple et de ce qui est hermétique, de ce qui est perceptif et de ce qui est déceptif. De cette tension résulte l’effet « huh? » : un effet ténu, fugitif, variable, qui se manifeste dans ce moment où ayant perçu une chose, on n’en saisit pas encore le sens ou l’objet ; lorsque la contradiction, l’ambivalence, le doute ou la perte de repères se chargent paradoxalement d’une valeur positive et constructive. Car l’effet « huh? » est en fait un moteur du processus de réception esthétique.

17 x 5

17 x 5, neuf marques-pages de documentation céline duval, Lefevre Jean Claude, Roberto Martinez, Julien Nédélec, Alexandre Périgot, Hubert Renard, Yann Sérandour, Batia Suter et Éric Watier, édités par Jérôme Dupeyrat, 2012.



Ces marques-pages ont été édités en lien avec la thèse Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]
Ils forment une exposition au périmètre mouvant, disséminée par des lecteurs dans les livres où ces derniers décident de les placer.

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]



Cette thèse envisage le phénomène du livre d’artiste tel qu’il se développe dans sa relation à la notion et à la pratique d’exposition depuis les années 1960. L’exposition est ici considérée selon un double point de vue : d’une part comme le dispositif institutionnel le plus courant de manifestation de l’art ; d’autre part comme une fonction se rapportant à la visibilité des œuvres. Il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes peuvent s’appréhender entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives. Pratiques d’exposition alternatives dans la mesure où le livre et l’imprimé sont potentiellement des modes de visibilité de l’art ; pratiques alternatives à l’exposition parce que ce moyen de visibilité est très différent de ce que l’on nomme usuellement une exposition. À travers l’étude de cette tension dialectique entre l’édition et l’exposition, il s’agit de préciser quelle est l’économie artistique et quelles sont les conditions de réception esthétique que proposent les livres et les éditions d’artistes, et ainsi de comprendre en quel sens et à l’égard de quelles normes ou de quelles instances ils ont une valeur dite « alternative ». De la sorte, il est également question de la place qu’occupent les livres d’artistes dans le système de l’art contemporain et des effets qu’ils exercent sur celui-ci.

Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète »

Cycle de conférences Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 2 avril 2012.


Des avant-gardes jusqu’à aujourd’hui, certaines formes et certains supports d’édition éphémères et/ou précaires s’affirment entre fonction informative et manifestations artistiques.
Empruntant les modèles de la communication politique et publicitaire tout en en détournant les codes et les objectifs, il s’agit de médias alternatifs – tant par leurs contenus que leurs modes de diffusion – qui opposent à la propagande et à la communication de masse une pratique de l’art discrète, si ce n’est invisible en tant que telle, et pourtant efficiente sur les plans esthétique et politique.

Julien Nédélec : avec les mains

« Julien Nédélec : avec les mains », Superstition, n°2, automne 2011, p.20-21.[+]



En sciences, un raisonnement est dit « avec les mains » lorsque par commodité il s’appuie sur une logique supposée plutôt que sur une démonstration rigoureuse, ce qui n’empêchera pas de le considérer comme valide, au moins temporairement. Ce rapport ambivalent à la logique, à la connaissance et à sa représentation, balise le travail de Julien Nédélec, comme en atteste par exemple le titre de sa récente exposition à la galerieACDC à Bordeaux : « Carré égal triangle ».