A kind of « huh? »

A kind of « huh? », avec Aurore Chassé, Claude Closky, Information as Material, Julien Nédélec, Ed Ruscha, commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Toulouse, Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées (médiathèque) / Espace d’art de Grenade, novembre 2012 – mai 2013.



« J’ai compris qu’il y avait dans ce livre une chose inexplicable, mais que je recherchais depuis longtemps. Une sorte de ‘hein?' ». Cette phrase de l’artiste Ed Ruscha, à propos de son livre Twentysix Gazoline Stations (1963), pourrait se rapporter aux œuvres réunies dans cette exposition.
Parmi celles-ci se trouvent une installation, des volumes, des vidéos, des photographies, mais aussi de nombreuses éditions d’artistes, dont le fonds de la médiathèque des Abattoirs offre une remarquable connaissance. Des livres et des éditions d’artistes car une médiathèque est l’un des lieux les plus appropriés pour rendre visible ce type de productions. Des œuvres impliquant d’autres médiums que le livre et l’édition, car tout en offrant une alternative au fonctionnement conventionnel de l’art, les livres d’artistes ne constituent pas une sphère autonome, confidentielle ou marginale au sein de la création contemporaine, mais s’y inscrivent pleinement.
Les démarches dont l’exposition rend compte se fondent sur une mise en tension de ce qui est évident et de ce qui est indéchiffrable, de ce qui semble logique ou rationnel et de ce qui semble absurde, de ce qui est affirmé et de ce qui n’est pas dit, de ce qui est simple et de ce qui est hermétique, de ce qui est perceptif et de ce qui est déceptif. De cette tension résulte l’effet « huh? » : un effet ténu, fugitif, variable, qui se manifeste dans ce moment où ayant perçu une chose, on n’en saisit pas encore le sens ou l’objet ; lorsque la contradiction, l’ambivalence, le doute ou la perte de repères se chargent paradoxalement d’une valeur positive et constructive. Car l’effet « huh? » est en fait un moteur du processus de réception esthétique.

Simon Nicaise, Bel édifice et pressentiments

« Simon Nicaise, Bel édifice et pressentiments », commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Paris, Primo Piano, juin-juillet 2011.



Observant et absorbant la réalité dans ses différentes dimensions (visuelle, matérielle, culturelle ou encore sociale), Simon Nicaise la restitue au prisme d’un travail essentiellement sculptural, avec des œuvres qui perturbent subrepticement l’ordre et la signification des choses tout en paraissant souvent élémentaires. Alors que chaque forme semble être le résultat logique d’une idée qui l’aurait précédée, l’œuvre procède davantage de tensions, d’oscillations, de déplacements, de renversements absurdes ou contreproductifs.
« ‪Bel édifice et les pressentiments » est le premier chapitre d’une série de projets à venir placés sous le signe du Marteau sans maître (1934), un recueil de poèmes de René Char qui a fait également l’objet d’une retranscription musicale et chorégraphique par Pierre Boulez et Maurice Béjard (1955)‬. Le marteau est un objet contradictoire impliquant autant le principe de construction que celui de destruction, et c’est à ce titre qu’il apparaît parfois dans le travail de Simon Nicaise (Chorégraphie, 2008 ; Masse agglomérante, 2009). Il n’y a pas de marteau ici, mais la contradiction et la violence contenue que suggère la dichotomie construire/détruire sont néanmoins actives dans Bel édifice et les pressentiments. Plutôt que d’en adapter l’environnement poétique et musical, l’exposition met en jeu les préoccupations et les manières de faire qui se décèlent dans le Marteau sans maître. Elle est conçue comme un paysage défini par des œuvres qui y sont tout à la fois des reliefs, des obstacles ou des constructions.