Livres d’artistes : a multi-person control situation

« Livres d’artistes : a multi-person control situation« , in Océane Delleaux (dir.), Les avancées de l’art multiplié [actes d’une journée d’étude à l’université de Picardie Jules Vernes, Amiens, mai 2013], Friville-Escarbotin, Friville Éditions, 2016, pp. 35-55 ; également publié dans l’ouvrage collectif Edith, Rouen, Esadhar, 2016, p. 186-195. [Lire]



À la suite du critique d’art Lawrence Alloway, la pratique du livre d’artiste a souvent été décrite comme une situation de contrôle par une seule personne : « a one-person control situation », ainsi qu’il l’écrivait en 1974. Bien que de nombreux commentateurs aient validé la pertinence de cette remarque, l’observation de certains livres d’artistes implique pourtant d’en préciser la portée et les implications, en particulier lorsqu’on considère la production des dix ou quinze dernières années, période lors de laquelle la pratique du livre d’artiste a connu un fort regain d’intérêt. Il importe ainsi de considérer le rôle que peuvent avoir d’autres personnes que les artistes eux-mêmes dans la réalisation des livres d’artistes, qui comme toutes autres éditions, sont souvent en réalité les produits d’un processus collectif, faisant intervenir un éditeur, un graphiste, un imprimeur, etc., dont le travail informe celui de l’artiste à des degrés variables.

La quatrième classe

« La quatrième classe » [commissariat d’exposition], avec Robert Barry, Daniel Buren, Julie Marie Cazard, herman de vries, Amélie Dubois, IKHÉA©SERVICES, Jonathan Monk, Claire Morel, Julien Nédélec, Conny Purtill, Yann Sérandour, Laurent Sfar, Nick Thurston], Florence Loewy… by artists, Paris, 23 novembre – 21 décembre 2013.



l’exposition La quatrième classe réunit diverses propositions artistiques liées au livre et à l’édition (livres d’artistes, pageworks, œuvres se référant à un livre, interventions ayant la bibliothèque ou la librairie comme site), qui ont en commun de donner corps à des réalités discrètes ou inframinces dont l’existence procède d’une absence, et la substance d’une vacance. Ces œuvres se fondent sur la matérialisation du vide, sur la désignation paradoxale de choses non perceptibles, sur l’effacement ou sur la soustraction. Chacun de ces gestes a des implications artistiques et politiques spécifiques mais ils ont en commun une économie esthétique qui conjugue le conceptuel au sensible en faisant apparaître ce dernier là où il n’y a pas ou plus ce qui pourrait s’y trouver.

Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes « conceptuels »

« Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes ‘conceptuels' », in Danièle Méaux (dir.), Livres de photographies et de mots, Caen, Minard, coll. « La Revue des Lettres Modernes » / série « Lire et Voir », 2009, p. 157-172. [+]



Depuis les années 1960, les artistes contemporains, et en particulier les artistes conceptuels, ont fait grand usage du livre pour concevoir des œuvres associant texte et photographie, deux matériaux privilégiés de leur démarche. Paradoxalement, alors que le XXe siècle a vu l’avènement d’une culture de l’image (cinéma, télévision, publicité) il a aussi été celui d’un débordement de l’art au-delà de ce domaine auquel il était traditionnellement lié, et parfois même à rebours de celui-ci. Ainsi, le texte fait une irruption significative dans les arts plastiques à l’époque des avant-gardes (cubisme, futurisme, dada). Il devient omniprésent à la fin des années 1960 chez les artistes conceptuels soucieux de rompre avec un art rétinien et d’investir le champ du langage, ainsi que chez de nombreux artistes qui œuvrèrent dans le domaine de la poésie visuelle ou concrète avant d’en venir aux arts plastiques. Mais les années 1960 puis 1970 sont aussi celles du recours de plus en plus fréquent à la photographie en tant qu’outil de démarches artistiques fort diverses. Supposée plus à même d’entretenir un rapport objectif au réel que la peinture, la photographie convainc en effet de nombreux artistes préférant constater et collecter ce qui existe déjà plutôt que créer de nouveaux objets. Toutes ces orientations artistiques, contemporaines de l’émergence du livre d’artiste, nourries par lui et ayant contribué à son développement jusqu’à aujourd’hui, en ont fait un lieu fondamental de conciliation de la photographie et du texte.