Robert Breer, Sculptures flottantes

« Robert Breer, Sculptures flottantes », Superstition, n°1, printemps 2011, p. 24-25. [Lire]



Si la reconnaissance de Robert Breer (1926-) n’est plus à faire auprès de ceux qui connaissent l’histoire du cinéma d’animation et du cinéma expérimental, son travail en tant que peintre et sculpteur est longtemps resté méconnu, bien qu’il soit tout aussi conséquent. Robert Breer est en effet quelque peu en marge de l’histoire de l’art, même s’il n’a cessé de travailler depuis les années 1950 et qu’il a côtoyé une grande part des artistes d’avant-garde des années 1960-70 aux États-Unis et en France. L’exposition qui lui était consacrée au CAPC à Bordeaux de novembre 2010 à février 2011 devrait concourir à une reconnaissance plus complète de l’artiste, à la suite de diverses autres expositions qui lui ont été consacrées ces dix dernières années : à Staff USA à New York en 2000, à la galerie gb agency à Paris en 2001, 2004 et 2010, au Musée-Château d’Annecy en 2006, etc.
Les commentaires critiques qui ont accompagné chacune de ces expositions insistent quasi-systématiquement sur le caractère inclassable de l’artiste. Ce n’est guère lui rendre un véritable hommage, puisque ce type de remarques est un lieu commun du discours sur l’art. Pourtant, il est vrai que le travail de Robert Breer résiste aux certitudes que l’on pensait avoir héritées de l’art de ces dernières décennies. Mais plus qu’il n’est inclassable, peut-être est-il davantage classable à l’infini. Ses œuvres sont ainsi minimales et pop dans leur esthétique, fluxus de par l’état d’esprit de leur auteur, cinétique de par leur principe de fonctionnement, sans jamais être réductibles à une seule de ces catégories. Le travail de Robert Breer démontre en fait qu’en histoire de l’art les catégories sont toujours temporaires. Jamais fins en soi, elles ne sont utiles que si on les considère comme des outils dont la validité doit être remise en jeu en fonction de chaque travail singulier.