L’œuf ou la poule

Texte écrit avec Julie Martin, supplément au livre de Rovo [Sébastien Dégeilh & Gaëlle Sandré], Couleurs véritables, Marseille, édition P ; Négrepelisse, La Cuisine, 2017. [+]



Regarder un objet ou un signe comme s’il relevait du champ de l’art, alors qu’a priori, il ne prétend pas à ce statut, est une expérience fréquente. Nous regardons alors l’objet ou le signe anodin comme s’il était l’œuvre de tel ou tel artiste, comme s’il appartenait à un courant artistique ou à une typologie d’objets d’art dont nous avons mémorisé l’apparence. Nous ne considérons alors cet objet ni pour sa fonction, ni pour ses usages, mais selon des critères sensibles, qui peuvent être formels, matériels, ou encore iconographiques. Ce sont les mécanismes de ce « comme si » et les conditions de cette expérience esthétique qu’il s’agit ici d’analyser, en lien avec l’expérience que Rovo a vécue lors d’une résidence en 2017, dans la communauté de communes des Terrasses et Vallée de l’Aveyron.

Fictionnalia / Mathias Schweizer

« Fictionnalia », in Mathias Schweizer, Sébastien Dégeilh, Olivier Huz et l’atelier Genius loci (isdaT), Inventaire général sur la base d’une promesse, restitution d’un workshop conduit par Mathias Schweizer avec les étudiants de l’institut supérieur des arts de Toulouse au musée Calbet, Grisolles, mai 2016. [Lire]



Soit deux collections : d’une part celle du Musée Calbet, un musée d’arts et traditions populaires situé à Grisolles, dans le Tarn-et-Garonne ; d’autre part un ensemble d’artefacts rudimentaires, et néanmoins ingénieusement façonnés, en bois, en argile, en métal, en pâte à sel, avec du tissu, etc. Envisagées comme pendant l’une de l’autre, ces deux collections ont en commun le nombre d’éléments qui les composent — 5322 — ainsi que leur répartition identique en six catégories correspondant à divers champs d’activité et de connaissance. Mais alors que les objets du musée ont été collectés au cours de plusieurs décennies, et qu’ils témoignent de modes de vie appartenant à une temporalité plus longue encore, ceux de la seconde collection ont été façonnés durant une courte période par un groupe d’étudiants en design graphique à l’Institut supérieur des arts de Toulouse, dans le cadre d’un workshop proposé par Mathias Schweizer.

Une Livre

Atelier « Braconnages » (dir. Laurence Cathala, Sébastien Dégeilh, Jérôme Dupeyrat, Olivier Huz), Une Livre, Marseille, Editions P ; Toulouse, isdaT, 2014. [+]



Cette publication restitue les expérimentations et les recherches conduites en 2013-2014 à l’institut supérieur des arts de Toulouse (isdaT beaux-arts) dans le cadre de l’atelier « Braconnages », dédié aux pratiques éditoriales dans le champ artistique. Ce projet a été mené en partenariat avec la médiathèque des Abattoirs, dont l’ampleur de la collection de livres d’art et de livres d’artistes offre un terrain propice à qui veut étendre sa culture éditoriale et produire des livres. Au sein de l’atelier, c’est à ces deux activités que se sont consacrés des étudiants inscrits dans les trois options qui structurent l’enseignement à l’isdaT beaux-arts : art, design et design graphique. Au fil de leurs contributions visuelles à cette publication et de trois entretiens réalisés avec des interlocuteurs rencontrés tout au long de l’année — Marc Camille Chaimowicz, Didier Mathieu, Jérôme Saint-Loubert Bié — il est question du plaisir d’agencer des choses ensemble (une définition possible de l’édition), de ce qu’il faut regarder dans les livres et de la façon de les classer dans les librairies et les bibliothèques, des logiques à l’œuvre dans une collection, de la possibilité pour les maquettistes de journaux de bénéficier d’une carte de presse, de la dimension collective du travail éditorial, des frontières entre les différents types de livres et de leurs déplacements, de bibliophilie parfois cheap, de livres d’artistes, de Flaubert et des disques seven tracks, de papiers peints et de cartes postales, de chasse et de mode, etc. S’il est question de « braconnages » ici, c’est en raison de nombreuses incursions interdisciplinaires et du fait d’une relation à la trouvaille, à la prise, que connait bien l’amateur de livres.