« De l’amour des livres de l’amour »

« De l’amour des livres de l’amour, une discussion entre Thierry Chancogne et Jérôme Dupeyrat », in La fille, le fruit, le perroquet et la piqûre à cheval, , Tombolo presses, 2013, n.p. [+]



Jérôme Dupeyrat : Je noterai plusieurs choses en écho à ce que tu exposes là. Tout d’abord que l’histoire du livre — ou peut-être plutôt l’histoire de la réception et de la perception du livre — oscille entre deux conceptions. D’une part le livre peut être perçu comme un objet matériel, conception qui trouverait son aboutissement dans la bibliophilie, entendue non pas simplement comme un « amour du livre », mais comme une catégorie esthétique et économique : livres rares, précieux, ouvragés artisanalement, etc. D’autre part nous pouvons penser le livre comme un espace de savoir, de connaissance, d’information, selon une conception qui tend à nous faire appréhender le livre comme support et comme média, plutôt que comme forme ou objet, en le définissant du point de vue de ses contenus plutôt qu’en fonction de la manière dont lesdits contenus sont rendus accessibles par leur matérialisation. Ce tiraillement ne fait finalement que s’inscrire dans une série de vieilles distinctions entre pratique et théorie, forme et contenu, etc. Or ces catégories sont perméables les unes aux autres…

Culture Club

« Culture Club, une discussion autour des clubs du livre entre Alex Balgiu, Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Damien Gauthier et Catherine Guiral », The Shelf Journal, n°2, 2013. [+]


La majorité des personnes participant à cette discussion sont graphistes, tous sont enseignants, tous portent un intérêt au « phénomène » des Clubs qui démarrèrent au sortir de la seconde guerre sur un modèle importé des États-Unis pour finalement péricliter au milieu des années soixante. Vingt années durant lesquelles les Clubs se multiplièrent, proposant sous forme d’abonnement jusqu’à 4 livres par mois. L’objectif était de constituer une bibliothèque pour l’honnête homme alors que beaucoup de foyers avaient perdus leurs ouvrages durant le conflit mondial. Rééditions d’œuvres classiques, de romans appréciés mais aussi l’occasion pour les éditeurs de proposer de nouveaux auteurs, à un rythme soutenu. L’une des spécificités de l’offre de ces Clubs était de proposer des éditions « demi-luxe » conçue par un graphiste (alors appelé maquettiste) dont certains comme Faucheux ou Massin (pour citer deux noms emblématiques du graphisme français d’après-guerre) firent leurs premières armes au sein de ces Clubs avant de poursuivre une brillante carrière au-delà. 45 ans après leur quasi disparition, l’on perçoit un regain d’intérêt pour ces ouvrages que l’on retrouve chez un vieil oncle, dans les bacs de bouquinistes ou sur les étals des vides-greniers. Nombreux sont les graphistes qui aujourd’hui les regardent de près, les considèrent comme des réalisations exemplaires ou parfois même y font référence dans leur propre production. Quel intérêt ont-ils à tel point que des expositions leur sont aujourd’hui consacrées ?