Des choses communes

« Des choses communes », à propos de Raffaella della Olga, Camila Oliveira Fairclough, Elsa Werth et Mary Ellen Solt, Sans Niveau Ni Mètre, n°56, février-mars 2021, p. 4. [+]

 

Les liens de réciprocité que des pratiques artistiques peuvent avoir en partage sont multiples. Certains sont immédiatement perceptibles, par exemple lorsque des œuvres se caractérisent par un même langage formel. D’autres nécessitent un travail d’interprétation pour être appréhendés, à travers la mise au jour des centres d’intérêts, des questionnements ou des références partagés par les artistes. D’autres encore sont plus souterrains et ont trait à l’économie du travail, aux façons d’œuvrer. À des degrés divers, c’est sur tous ces plans […] que conversent les démarches et les œuvres respectives de Raffaella della Olga (Italie, 1967-), Camila Oliveira Fairclough (Brésil, 1979-) et Elsa Werth (France, 1985-), et qu’elles peuvent entrer en correspondance avec le travail de leur aînée Mary Ellen Solt (USA, 1920-2007), ainsi qu’elles le proposent pour l’exposition qui les réunit au Cabinet du livre d’artiste.

Revue Faire n°22 — Numéro Spécial : Les affiches d’artistes

Revue Faire n°22 — Numéro Spécial : Les affiches d’artistes, avec Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Mathias Augustyniak [+]

À l’occasion de la visite de l’exposition au MRAC Occitanie « Honey I Rearranged The Collection », Jérôme Dupeyrat et Thierry Chancogne reprennent leur discussion autour des rapports controversés de l’art et du graphisme à partir d’une collection historique de « posters d’artistes ».
Le poster ou l’affiche d’artiste est à la fois l’ancien support obligé de la publicité des manifestations artistiques produit par les artistes, le médium historique d’une certaine passion de la peinture de l’affiche à la française comme celui de la volonté de démocratisation de l’art d’une certaine pratique artistique, le symptôme ou le symbole de possibles nouveaux rapports du graphisme et de l’art à l’ère d’une nouvelle culture graphique des artistes et d’une nouvelle ambition artistique des graphistes.
Les échanges thématiques nourris de références théoriques, artistiques et graphiques issues de l’histoire récente et contemporaine sont ponctués de réflexions de Mathias Augustinyak, fort de ses expériences du poster pour artistes, du poster d’artiste, du poster artistique, de l’art du poster.

La Bibliothèque grise

Depuis 2015, Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar mènent en duo le projet La Bibliothèque grise. Cette « bibliothèque » est constituée d’un ensemble de ressources (livres, images, objets) à l’origine d’expositions, d’éditions, de films et de projets pédagogiques à travers lesquels ils explorent des phénomènes liés à la circulation, à la transmission et au partage des connaissances et des savoirs. À partir d’une posture d’ignorants curieux, en procédant par lectures croisées, et à travers de nombreuses collaborations, ils abordent des domaines hétéroclites, actuellement organisés selon 5 axes de lecture et de travail, intitulés d’après différents ouvrages : Une histoire de la lecture ; Enseigner et apprendre, arts vivants ; Une chambre à soi ; La parole mangée ; Habiter la terre.

 

De haut en bas : La Bibliothèque grise — Ch. 2 : La Réserve. Une collection proposée à l’usage par Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar, avec la collaboration de Cécile Dumas, Sandra Foltz, Jean Guillaud, Nicolas Lafon, et alii, Le BBB centre d’art, Toulouse, 24 janvier – 17 mars 2018 [Photos : Yohann Gozard] [+] ; La Bibliothèque grise — abstract, L’Adresse du Printemps de septembre, Toulouse, 23 novembre 2019 – 28 février 2020 [Photo : Aurore Clavier] ; La bibliothèque, la table et le vaisselier, avec Sandra Foltz, dans le cadre de l’exposition collective S’attabler (Eden Morfaux, Stéphanie Lacombe, Geoffroy Mathieu, Jérôme Dupeyrat, Sandra Foltz et Laurent Sfar), Le Pavillon Blanc, Colomiers, 1er février – 9 mai 2020.

 

ACAB

« Un acronyme : ACAB », avec Ariane Bosshard, Julie Martin et Olivier Huz, FAIRE, n°17, 2020 [+]



L’acronyme ACAB, souvent vu dans l’espace urbain sous forme de graffitis ou de stickers, est apparu au Royaume-Uni dans les années 1970 en lien avec la culture punk, et y a été popularisé lors des mouvements sociaux des années 1980. Signifiant « All Cops Are Bastards », il s’est largement répandu dans l’espace public international ces vingt dernières années, dans le sillage de diverses mouvances politiques, de l’altermondialisme aux gilets jaunes en passant par le black bloc et les ZAD, et en faisant également l’objet de diverses variantes telles que « All Capitalists Are Bastards », « All Colors Are Beautiful » ou encore « All Cats Are Beautiful ».
Observer les inscriptions ACAB (ou 1312, en version chiffrée) permet de traverser de multiples terrains politiques, mais aussi plusieurs cultures visuelles (anar, punk, hip-hop, LOL) parmi lesquelles migre cet acronyme. C’est au cours de cette circulation scripturale, graphique et visuelle qu’il devient à la fois un signe de reconnaissance et un énoncé polysémique.

S’éduquer ensemble, par l’intermédiaire du monde

« S’éduquer ensemble, par l’intermédiaire du monde », Esse arts + opinions, n°98 : Savoirs, hiver 2020, p. 22-31 [+]

L’art récent offre de nombreux exemples d’artistes ayant adopté des pratiques inspirées de la pédagogie, de l’enseignement ou de la recherche, en menant des enquêtes, en produisant des conférences-performances, en transposant leur activité artistique dans des situations ou des dispositifs pédagogiques, etc. Alors que dans les représentations sociales, tout comme dans la pratique, l’enseignement et la pédagogie sont souvent associés à l’image d’une personne qui, face à un groupe, transmet son savoir de façon plus ou moins verticale à des élèves qui participent de façon plus ou moins (in)active à leurs apprentissages, nombre d’artistes déjouent cette posture. Plusieurs ont su la tourner en dérision, mais on s’intéressera surtout ici à ceux et celles qui font de l’enseignement et de l’apprentissage en tant que pratiques artistiques deux démarches poreuses, voire réciproques, qui s’élaborent en groupes ou en communautés.
[à propos de Rainer Ganahl, Suzanne Lacy et Marie Preston]

David Coste, Une montagne(s)

Une montagne(s), Livre-disque de David Coste avec la participation de Jérôme Dupeyrat et Pierre Jodlowski, Toulouse, éditions Autrechose, 2019. [+]



Une enquête iconographique sur la « montagne Paramount », sur certains films emblématiques de la firme et sur leurs ramifications dans le réel, entre studio de cinéma, atelier et parc d’attraction ; entre dessin, BD, photographie, collage et cinéma. Le disque qui accompagne le livre est composé par Pierre Jodlowski. Il met les recherches iconographiques et la narration visuelle de David Coste en perspective avec un environnement sonore hybride, mêlant un texte écrit par Jêrome Dupeyrat, des emprunts à diverses sources cinématographiques, ainsi que des matières sonores liées aux paysages et aux reliefs hypothétiques que traverse le lecteur du livre. À la fois objet sonore autonome et sorte de B.O. du livre, le disque introduit une troisième dimension et emprunte tant au réel qu’à la fiction pour définir un nouveau scénario librement associable avec les dessins présentés dans l’édition.

Paysages-papier

Paysages-papier, texte issu d’une résidence de recherche au Boudoir contemporain – bibliothèque d’art du DomaineM à Cérilly, sur une invitation de Sarah Deslandes et Audrey Martin. Livret 20 p. et poster publiés en complément des Cahiers n°17 du DomaineM : « Avec Jérôme Dupeyrat », juin 2019. [+] [+]



« Tout au monde existe pour finir dans un livre », aurait dit Mallarmé. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les livres certains fragments du monde et des vues que l’on porte sur lui — des herbiers et des recueils de botaniques jusqu’aux albums paysagers en passant par les descriptions littéraires, les cartes, etc. Mais au-delà de la capacité du livre à enferrer via des traductions et des remédiations diverses tout ce qui appartient à l’environnement des auteurs et des lecteurs, il est une hypothèse dont l’exploration s’avère fertile : celle qu’il y aurait un lien entre les plantes et les pages, les jardins et les bibliothèques, les paysages et les corpus livresques.

Pédagogies critiques / pédagogies radicales & art

Tchat Twitter avec Irène Pereira (@Iresmo) dans le cadre d’une formation numérique sur les pédagogies radicales, juin 2019 : pédagogies radicales de l’art, pédagogies radicales par l’art, apports des pédagogies critiques et radicales à la pratique de l’art et de l’art à la pédagogie, etc. [+] [+]

Mathieu Gargam, Stones & Roses

Texte pour le livre d’artiste de Mathieu Gargam, Stones & Roses, Actes Nord éditions & Tanuki Records, 2019. [+]



Des édifices de pierre — monuments ou constructions à l’état de vestiges, parmi lesquels s’immiscent quelques « édifices » naturels, façonnés par l’érosion — et des fleurs photographiées en gros plan : cette double typologie caractérise le contenu du livre Stones & Roses. Elle se constitue au fil d’images trouvées — initialement des diapositives —, présentées en vis-à-vis ou superposées selon un montage qui répond à des critères mouvants. Ceux-ci se manifestent de façon explicite ou opèrent de façon plus souterraine, en prenant en compte tous les aspects visuels des images réunies : leurs motifs, leur composition, leur surface, etc. […]

OneDayTV

Programmation vidéo avec Charles Atlas, Dara Birnbaum, Jean-Marc Chapoulie, Chloé Munich & Vincent Lalanne, Antoni Muntadas, Nam June Paik, Martha Rosler, Pierrick Sorin, etc., commissariat : Jérôme Dupeyrat et Julie Martin, Trois‿a, Toulouse, 24 novembre 2018. [+]



Conçue sur le modèle d’une grille télé, « OneDayTV » est une programmation vidéo constituée d’œuvres dont certains paramètres sont empruntés à la télévision, qu’il s’agisse de contenus ou de formats (émissions, JT, séries, clips, etc.).

OneDayTV

Texte et notices d’œuvres écrits avec Julie Martin à l’occasion de l’évènement « OneDayTV » à Trois‿a, Toulouse, novembre 2018. [Lire]



Alors que dans les années 1950-1960 la télévision s’installe confortablement et durablement dans l’espace domestique, les artistes entreprennent son exploration, que ce soit en tant que média, objet technologique, source de représentations ou champ culturel. S’ils ont recours à toutes sortes de médiums et de pratiques, la vidéo — dont la production est devenue accessible au grand public à la fin des années 1960 — constitue l’un des principaux éléments déclencheurs de leur intérêt pour la TV et l’un des moyens privilégiés pour l’analyser.
Ces approches vidéo-artistiques de la télévision sont néanmoins de natures diverses. Certains artistes exploitent les propriétés techniques communes à la TV et à l’art vidéo. D’autres appréhendent le canal médiatique de la télévision comme un nouvel espace public de monstration et de diffusion de leur travail, en insérant selon diverses modalités des œuvres vidéo parmi les programmes diffusés sur les chaînes TV. Enfin, certains artistes se sont aussi employés à créer des œuvres vidéo qui utilisent les formats, les modes d’énonciation et les représentations de la télévision (JT, émissions, séries, etc.), souvent en les retournant contre celle-ci à des fins critiques.

Trois‿a

Programmation artistique et commissariat avec Julie Martin, depuis septembre 2018. [+]



Trois‿a est un espace de travail partagé et de programmation artistique épisodique, situé 3A rue de Turin, à Toulouse. Trois‿a accueille des artistes, designers, critiques d’art et commissaires d’exposition. Actuellement, le lieu est partagé par Jérôme Dupeyrat, Julie Martin, Camille Platevoet, Amandine Rué et Adam Scrivener.
La programmation artistique, conçue par Jérôme Dupeyrat et Julie Martin, se nourrit à la fois d’une curiosité éclectique envers la création contemporaine et de recherches consacrées plus spécifiquement aux relations entre art et média.

Anna Holveck

« Anna Holveck, Oreille penchée », Imprimé, n°1, texte écrit avec Julie Martin pour une exposition d’Anna Holveck à Trois‿a , Toulouse, septembre 2018. [Lire]



Au sens musical, le terme « accorder » signifie régler la relation entre une voix et un instrument, entre plusieurs instruments, ou encore entre les sons d’un même instrument. Dans nombre de ses performances et vidéos, Anna Holveck semble ainsi chercher à accorder un son à un espace, à découvrir la mesure appropriée entre l’un et l’autre, à les appréhender et à les produire réciproquement.

La Radio *DUUU bout de la nuit

Série de quatre émissions radiophoniques animées par Alain Bublex, Frédérique Mehdi et Jérôme Dupeyrat, dans le cadre du Printemps de septembre 2018 à Toulouse.
Diffusion les 21-22 et 28-29 septembre 2018 sur *DUUU radio et sur RADIO RADIO Toulouse (106.8 fm) / Podcasts en ligne sur *DUUU radio [+]



21/09 [+] : Christian Bernard, Marc Bembekoff, Garance Chabert, Maxime Lamarche, Nina Childress, Virginie Yassef, Sylvain Azam, Lina Hentgen et Gaëlle Hippolyte pour Shrouded & The Dinner, Laurent Mareschal, Béatrice Cussol, Cédric Schönwald et Ivan Basso pour The Gertrud Bing Band.

22/09 [+] : Elodie Lesourd, Yvan Salomone, Jill Gasparina, Grégory Chatonsky, Lauren Huret, Samir Mougas, Camille Llobet, Ivan Basso et Cédric Schönwald avec Nicolas Cadet pour The Gertrud Bing Band, Christian Bernard, Romain Gandolphe, Lina Hentgen et Gaëlle Hippolyte, Florent Dubois.

28/09 [+]: Ange Leccia, Flora Detraz, Anna Holveck, Laurent Proux et Manuel Pomar, Ioa et Satyavan Beduneau, LZ Dunn et Anne-Laure Belloc, Marlène Saldana et Jean-Philippe Valour, Christian Bernard, Charlie Jeffery.

29/09 [+] : Lois Lajarretie, Thierry Madiot, Ekaterina Bunits, Brice Dellsperger, Philippe Decrauzat, Will Guthrie, Christian Bernard, Mélodie Bajo, Charlie Jeffery.

Réalisation et programmation : Loraine Baud en collaboration avec Jérôme Dupeyrat pour *DUUU. Technique : Julien Brulé / Théo Gayet

Crystal Maze XII – On a télévisualisé un rêve

« Crystal Maze XII — On a télévisualisé un rêve », une proposition de l’agence du doute (Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) avec Camille Platevoet et Maxime Delavet, pour l’exposition « France Électronique » (commissariat : Jill Gasparina), Le Printemps de Septembre (Palais des arts, isdat), Toulouse, septembre-octobre 2018. [+]



« Envoyez-nous vos rêves, nous les filmerons », tel était à l’origine le principe de l’émission « La Clé des songes », imaginée au début des années 1950, par Chris Marker, Charles Serpinet et Jean Kerchbrion, avec à son montage Alain Resnais. C’est cette même invitation que reprend à son compte l’agence du doute pour son Crystal Maze XII.
Le rêve du jour, c’est celui de Suzy, ou peut-être celui de Suzanne. Les personnages sont Denise Glaser et Jacques Antoine, Gérard Marinelli et le professeur Tournesol. C’est le rêve d’une speakerine ou d’un festaiolo des temps récents, à la mémoire riche d’une vaste culture technique des images et d’un tout aussi vaste imaginaire audiovisuel. Par collage et par condensation — comme souvent dans les rêves — s’y mêlent des génériques, des habillages graphiques et des documents témoins du patrimoine télévisuel. Ils composent un mystère d’images, d’objets et d’imprimés produits non plus à l’heure de l’O.R.T.F., mais à l’ère de la « France Électronique » : des images et des documents rêvés, puis rematérialisés dans une installation qui est aussi l’environnement d’une exposition conçue par Jill Gasparina.

Bibliologie (radio edit)

« Bibliologie (radio edit) », interviews sur *DUUU radio, 2015-2018. [+]



En son sens le plus ouvert, la bibliologie est la science des livres et de l’écrit. « Bibliologie (radio edit) » est une série de conversations au sujet des pratiques éditoriales actuelles dans le champ élargi de l’art :

  • Le 21/12/2015 avec Camila-Oliveira Fairclough [+]
  • Le 20/06/2016 avec Jean-François Caro et Marie Lécrivain, éditions La Houle [+]
  • Le 09/10/16 avec Quentin Jouret, éditions Autrechose [+]
  • Le 03/09/2018 avec Maya Rochat [+]

Livres/expositions

« Livres/expositions : Vol.19 de Klaus Scherübel, Title of the Show de Julia Born, et THEREHERETHENTHERE de Simon Starling », FAIRE, N°11, 2018, 20 p. [+]



Ce texte a pour enjeu d’observer et d’analyser comment le travail de certains artistes et designers graphiques se construit dans une relation de réciprocité entre la pratique de l’édition et celle de l’exposition, spécifiquement selon deux modalités : l’exposition conçue comme un processus éditorial, selon un déplacement vers l’espace d’exposition de logiques d’écritures et de mise en forme ayant leur origine dans l’espace du livre ; le catalogue d’exposition considéré comme espace et comme mode d’amplification du travail artistique et curatorial, au-delà des stricts enjeux documentaires et critiques habituellement dévolus à ce type de publications.

Fluxus, Freinet : Enseigner et apprendre, arts vivants

« Fluxus/Freinet : Enseigner et apprendre, arts vivants », in L’édition comme expérience, publication en ligne par la Villa Arson, 2018. [Lire]



L’art et la pédagogie ont en partage de multiples questionnements, relatif à l’autonomie, à l’émancipation, à l’expérience, au jeu, etc., soit que les artistes et les pédagogues aient des cadres de pensée en commun, soit qu’il y ait entre eux de réels échanges voire influences. Concernant le XXe siècle en particulier, il est frappant de constater certains échos entre, d’une part, les avant-gardes historiques puis quelques décennies plus tard des phénomènes tels que Fluxus et, d’autre part, le courant pédagogique de l’Éducation nouvelle, qui se structura particulièrement entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire dans le laps de temps qui voit justement s’épanouir les avant-gardes artistiques et littéraires, et naître les artistes qui seront qualifiés de néo-avant-gardistes au tournant des années 1950 et 1960. Il s’agira ici d’évoquer ce terrain d’échanges, et plus spécifiquement quelques liens entre Fluxus, ou des artistes proches de Fluxus, et la pédagogie Freinet, en s’attachant à diverses éditions qui émanent de ces deux phénomènes.

Batia Suter, Parallel Encyclopedia

« Parallel Encyclopedia, Batia Suter », FAIRE, N°7, janvier 2018, 20 p. [+]



Depuis la fin des années 1990, Batia Suter collectionne des livres — de seconde main pour la plupart — qu’elle acquière en raison de leur iconographie, de sorte à constituer une banque d’images qui est localisée dans les rayons de sa bibliothèque. L’ensemble est devenu le matériau de base d’une œuvre qui consiste à présenter ces images selon une logique de montage visuel, en leur attribuant de nouvelles modalités d’apparition et donc de nouvelles possibilités d’interprétation. Parallel Encyclopedia est à ce jour le travail le plus conséquent de l’artiste. Mené depuis 2004, il a pris la forme de plusieurs installations et de deux ouvrages imposants édités par Roma publications en 2007 et en 2016. Chaque version du projet se caractérise par l’association de centaines d’images hétéroclites (historiques, artistiques, scientifiques, techniques) regroupées en fonction de liens typologiques et formels. D’un dispositif à l’autre, les modalités de présentation de ces images extraites de livres se renouvèlent : séquençage et sérialité des pages reliées ; constellations ou, au contraire, séquences linéaires d’images reproduites et exposées aux cimaises ; constellations ou séquences linéaires de pages de livres ouverts et déposés sur des supports plans. Bien que les images exposées soient les mêmes, ces diverses possibilités d’exposition en déterminent des lectures différentielles. Au-delà de la fascination qu’un tel projet peut engendrer, ce texte tente d’en saisir toute la complexité. Pour ce faire, le travail de Batia Suter est resitué au sein d’une histoire des pratiques iconographiques qui traverse différents champs d’activités et de connaissance. On s’attache par ailleurs à la trajectoire des images réunies dans Parallel Encyclopedia et aux effets des processus de remédiation auxquels elles sont livrées. Enfin, il s’agit de dessiner une figure de l’artiste en « éditrice » et d’étudier à la fois la fonction du design graphique dans son travail et la place que l’on peut attribuer à ce dernier dans le champ du design graphique, auquel Batia Suter n’appartient pas directement, mais qui traverse ses productions et auquel elle s’est confrontée concrètement dans le cadre de sa collaboration avec le graphiste Roger Willems pour la conception des deux volumes de l’encyclopédie qui, de fait, est aujourd’hui une référence tant pour de nombreux artistes que pour de tout aussi nombreux designers graphiques.

Lectures croisées

« Lectures croisées », avec Laurent Sfar dans le cadre de La Bibliothèque grise, Initiales, n°10 – Maria Montessori, 2017, 4 p. [+]



Émancipation, autonomie, expérience, jeu… : l’art et la pédagogie ont en partage de multiples questionnements, soit que les artistes, pédagogues ou penseurs aient des cadres de pensée en commun, soit qu’il y ait entre eux de réels échanges voire influences. Les sources suivantes exposent quelques-uns de ces possibles échos à partir de lectures croisées au sein de « La Bibliothèque grise ». Cet ensemble de ressources constitué depuis 2015 est à l’origine de divers projets qui visent à explorer pratiques, espaces, objets et formes à travers lesquels sont transmis les connaissances et les savoirs.

Entretiens : Perspectives contemporaines sur les publications d’artistes

Entretiens : Perspectives contemporaines sur les publications d’artistes, Rennes, éditions Incertain Sens, 2017, 312 p. Entretiens avec Laurence Aëgerter, antoine lefebvre editions, Pierre-Olivier Arnaud, Ludovic Burel, Claude Closky, Daniel Gustav Cramer, documentation céline duval, Ben Kinmont, Sharon Kivland, Stéphane Le Mercier, Sara MacKillop, Mazaccio & Drowilal, Jonathan Monk, Julien Nédélec & Éric Watier, Camila Oliveira Fairclough, Michalis Pichler, Hubert Renard, Joachim Schmid, Yann Sérandour, David Shrigley, Derek Sullivan, Batia Suter et Nick Thurston. [+]



Ce livre réunit vingt-trois entretiens avec vingt-cinq artistes qui font de l’édition une pratique artistique. Dans un contexte où les publications d’artistes suscitent l’intérêt de nombreux acteurs du champ de l’art, il s’agit d’offrir des perspectives contemporaines sur ce phénomène, marqué par une tension entre des positionnements alternatifs et la recherche d’une reconnaissance institutionnelle. Les propos des artistes sollicités ont ainsi été collectés afin de dessiner un panorama des publications d’artistes aujourd’hui, et pourront être lus au regard d’un double questionnement : quels sont, parmi les outils qui ont permis de penser la pratique du livre d’artiste ces dernières décennies, ceux qui restent opérants pour en comprendre les manifestations actuelles ? Quels sont les enjeux qui semblent spécifiques à ces manifestations récentes et quelle est la nature des évolutions dont ils témoignent, en lien avec un contexte élargi de l’art et de l’édition ? Bien que les pratiques actuelles n’induisent pas une remise en cause radicale des hypothèses et des arguments proposés jusqu’à ce jour au sujet des publications d’artistes, ces entretiens suggèrent des enjeux formulés différemment, et donnant lieu à de nouvelles attitudes. Ce sont ces dernières dont ce livre rend compte, à travers un matériau de première main.

Ce que l’édition fait à l’art, ce que l’art fait à l’édition

« Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art, ce que l’art fait à l’édition », in Florence Aknin, Antoine Bertaudière, Angeline Ostinelli (éd.), Ce que l’édition fait à l’art, extraits d’une collection, Tombolo presses, 2017, p. 72-93. [+]



Catalogue d’une exposition autour des livres d’artistes et imprimés issus de la collection de Jean-Paul Guy, cet ouvrage porte son regard sur l’art résultant de pratiques éditoriales, et sur ce que devient le livre lorsque cet objet est investi par les artistes. Présentant 68 ouvrages (Ed Ruscha, Dieter Roth, Michael Snow, Robert Barry…), le catalogue dirigé par Antoine Bertaudière, Angeline Ostinelli, Florence Aknin et les étudiants de première année mention Design Graphique du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués de Bourgogne, entreprend de réunir dans une « forme de livre » les matières de l’exposition et de l’expérience pédagogique. Tout en conjuguant l’esprit libertaire du livre d’artistes à une référence bibliophile délicieusement en contradiction avec la théorie institutionnelle du genre, il s’ouvre par la séquence des premières de couverture des livres d’artistes travaillés par les étudiants. Il place la série de leurs doubles pages en son centre. Il finit par leurs quatrièmes de couverture. Il intercale les productions spécifiquement créées à l’occasion de l’exposition entre les matières « ressources » des livres d’artistes. Les documentations des propositions de lecture des étudiants se retrouvent, en symétrie, entre les séries de couvertures et de doubles-pages de référence. Le texte théorique de Jérôme Dupeyrat se place au centre des discours de l’exposition et au cœur du catalogue.

Édition d’artiste

Texte écrit pour le site web de Lendroit éditions. [Lire]
« Les livres et publications d’artistes se caractérisent par une recherche d’adéquation entre écriture éditoriale et intentions artistiques. Ils ne sont pas des livres à propos de l’art (livres d’art, écrits d’artistes, etc.), mais sont eux-mêmes de l’art, et ce tout en résultant de modes de production qui sont communs à la plupart des imprimés que nous pouvons rencontrer quotidiennement, de nos environnements bureautiques jusqu’aux librairies et aux bibliothèques.
Beaucoup de livres d’artistes peuvent être considérés comme des œuvres à part entière — des œuvres en exemplaires multiples —, d’autres déplacent les frontières entre l’art et la recherche, l’œuvre et le document, et résultent de démarches pour lesquelles la notion d’œuvre d’art s’avère quelque peu obsolète ou réductrice.
Tous s’inscrivent néanmoins dans l’activité artistique de leurs auteurs, tout en échappant la plupart du temps aux critères traditionnels de l’art et de l’appréciation esthétique. Les livres et publications d’artistes sont en effet l’un des phénomènes les plus représentatifs du potentiel de dé-définition et de déterritorialisation qu’a l’art contemporain dans ses expressions les plus radicales : celles qui mettent à mal les critères esthétiques et qui déplacent sans cesse les lieux et les conditions de réception des œuvres. »

L’œuf ou la poule

Texte écrit avec Julie Martin, supplément au livre de Rovo [Sébastien Dégeilh & Gaëlle Sandré], Couleurs véritables, Marseille, édition P ; Négrepelisse, La Cuisine, 2017. [+]



Regarder un objet ou un signe comme s’il relevait du champ de l’art, alors qu’a priori, il ne prétend pas à ce statut, est une expérience fréquente. Nous regardons alors l’objet ou le signe anodin comme s’il était l’œuvre de tel ou tel artiste, comme s’il appartenait à un courant artistique ou à une typologie d’objets d’art dont nous avons mémorisé l’apparence. Nous ne considérons alors cet objet ni pour sa fonction, ni pour ses usages, mais selon des critères sensibles, qui peuvent être formels, matériels, ou encore iconographiques. Ce sont les mécanismes de ce « comme si » et les conditions de cette expérience esthétique qu’il s’agit ici d’analyser, en lien avec l’expérience que Rovo a vécue lors d’une résidence en 2017, dans la communauté de communes des Terrasses et Vallée de l’Aveyron.

Florilège vol.1

« Florilège vol.1 : Sangama », une proposition de Raffaella della Olga, Jérôme Dupeyrat, Camila Oliveira Fairclough et Angeline Ostinelli, en partenariat avec *DUUU radio, Paris, 27-30 avril 2017. [+] [+]



« Florilège, vol 1. Sangama » est une publication vivante dont le premier volume prend pour titre le nom d’un indien Yine d’Amazonie. Au début du XXe siècle, Sangama détourna les livres des colons européens pour les utiliser comme des supports d’interprétations et de visions inspirées de rituels chamaniques.
« Florilège » est une programmation de lectures, performances, projections, propositions dont les formes et les formats ouverts ont en commun d’actualiser, de partager et de transmettre des textes et des publications auprès d’une communauté éphémère.

Jeudi 27 avril
17h — Axelle Stiefel, Ouvrir avec son corps un espace pour le mot, lecture amplifiée
18h — Benoit Sanfourche, Relecture en définitive
19h — Émilie Pitoiset, Résister, lecture performée
20h — Loos’ Ass de gerlach en koop présenté par Yann Sérandour

Vendredi 28 avril
17h — Karina Bisch & Nicolas Chardon, The Art of Connoisseurs, discours
17h30 — Hélène Bertin, Réhydratation (2013), sculpture et infusion de plantes
18h — Hannah Weiner, Clairvoyant Journal, 1974, lecture proposée par future
19h — Hugo Pernet, Sept preuves d’amour, lecture
20h — Oliver Augst, MODÈLE KLOSSOWSKI pour rhythm composer TR-707

Samedi 29 avril
14h — Eric Watier, The scans collection, projection
15h — Claude Closky, Color me, éd. Sémiose, 2017, séance de coloriage
16h — Pierre Paulin, lecture
17h — Laurence Cathala, Les Exergues, lecture-projection
18h — Alex Balgiu et Olivier Lebrun, Bibliomania — John Form, récit
19h — Antoine Dufeu & Valentina Traïanova, Le lux est parti en vrille, Katran et Chroniques bretton-woodsiennes, lectures
20h — Carte blanche *DUUU Radio

Dimanche 30 avril
14h — Virginie Yassef, Dépourvus de paupières, les poissons sont tenus en éveil par la lumière, spectacle avec Ferdinand Perez et Ryu Braflan, Anthony Gérard pour le son
15h — Esther Ferrer, Questions avec réponses, performance
16h-18h — Quiproquo, troc d’éditions d’artistes
18h30 — Madeleine Aktypi, fodd, fodder, lancement/lecture
19h — Lancement de la revue Turpentine 5

Du 27 au 30 avril
Franck Leibovici, Lettres de Jérusalem, spam, 2012, lecture improvisée par le public
Arlène Berceliot Courtin, Deux trois choses que je sais d’elle, texte sous pli
Quiproquo #3, exposition des ouvrages participants au troc d’éditions

Session live « Florilège »

Session live à l’occasion de « Florilège, vol. 1 : Sangama », émission sur *DUUU radio avec Virginie Yassef, Angeline Ostinelli, Jérôme Dupeyrat et Nicolas Couturier (réal. Simon Nicaise et Loraine Baud), 29 avril 2017. [+]



« Florilège » est une publication vivante prenant la forme d’une programmation de lectures, performances, projections, propositions dont les formes et les formats ouverts ont en commun d’actualiser, de partager et de transmettre des textes et des publications auprès d’une communauté éphémère. Une proposition de Raffaella della Olga, Jérôme Dupeyrat, Camila Oliveira Fairclough et Angeline Ostinelli.

Crystal Maze VIII.bis – Confidences pour confidences

« Crystal Maze VIII.bis – Confidences pour confidences », une proposition de l’agence du doute (Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) avec Laurence Cathala, URDLA, Villeurbanne, avril-mai 2017. [+] [+]



Le huitième Crystal Maze, Confidences pour confidences, rejoué à l’URDLA après une première version à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2015, est une conférence-projections déployant des espaces multiples et s’appuyant sur une nouvelle de Stefan Zweig (1881-1942) écrite au début des années 1930. Buchmendel (Le Bouquiniste Mendel) relate à travers les souvenirs de ceux qui l’ont connu, la vie dans la Vienne du début du siècle de Jakob Mendel, bibliophile passionné à la mémoire prodigieuse, capable de citer n’importe quel livre qui lui serait passé entre les mains.
Une performance, le soir du vernissage, ouvre l’exposition. Accompagnée par Laurence Cathala, l’agence du doute propose la construction d’un scénario-dispositif faisant dialoguer inserts, incipits, voix, montage d’une exposition à partir des collections de l’URDLA (quarante et un artistes sélectionnés : Georges Adilon, Xavier Barbey, Frédéric Benrath, Valérie Berge, Dominique Blaise, Nasser Bouzid, Stéphane Braconnier, Laurence Cathala, Alex Chevalier, Martine Clerc, Marina de Caro, Philippe Favier, Pierre Gallais, Jérémie Gindre, Milan Grygar, Jean-Lucien Guillaume, Fabrice Gygi, Marcia Hafif, Yannig Hedel, Max Kaminski, Rémy Jacquier, Christophe Miralles, Patrice Mortier, René Münch, Onuma Nemon, Olivier Nottellet, Jean-Luc Parant, Guillaume Perez, François Perrodin, Andrée Philippot-Mathieu, Rougemont, Jean-Jacques Rullier, Jacqueline Salmon, Karen Serra, Markus Strieder, Sarah Tritz, Jacques Truphémus, Jacques Villeglé, Gudrun Von Maltzan, David Wolle, Bruno Yvonnet) et réalisation de trois séries d’estampes (linogravure, lithographie, typographie).

Inertie : « Le beau maintien »

Contribution au livre IKHÉA©SERVICES, Glitch : Retours d’usagers, [Jean-Baptiste Farkas], Toulouse, Éditions Autrechose, 2016, p. 28-29. [Lire] [+]



Inertie : « Le beau maintien »
Déterminer ce qui ne devra ni croître ni diminuer. S’acharner à le maintenir au point mort.
Jérôme Dupeyrat, du 1er janvier au 1er avril 2016.
Durant plusieurs semaines, maintenir au point mort le poids du disque dur interne de mon ordinateur portable (par ailleurs mon seul ordinateur). Chaque ajout de fichier enregistré sur celui-ci (documents ou logiciels) devra ainsi être compensé par une suppression de fichier(s) d’un poids équivalent. Inversement, toute suppression entrainera la nécessité d’enregistrer de nouveaux documents.
Ayant bientôt atteint la capacité de stockage maximale de mon ordinateur, cette inertie retarde le moment où il me faudra vraiment « faire quelque chose » tout en prolongeant une situation déjà critique. Dans un contexte d’inflation exponentielle de ma mémoire numérique, il ne s’agit donc pas de vouloir mettre fin à ce phénomène — aucune radicalité ici, ne le nions pas —, mais d’éprouver, pour un temps, la possibilité de le contenir et de le temporiser, ce qui en pratique sera tout aussi compliqué.
Du fait de l’installation locale sur mon ordinateur d’outils de cloud computing permettant le stockage mais aussi le partage de fichiers (Dropbox et Google drive pour être précis) je serai qui plus est tributaire, dans cet exercice, des ajouts et des suppressions de fichiers que feront les personnes — amis et/ou collègues — avec lesquels je partage des documents par le biais de ces applications. De même, sans qu’ils le sachent, leur propre environnement numérique pourrait être amené à évoluer, marginalement, sous l’effet de mes choix d’ajouts et de suppressions. Une forme de sculpture sociale du XXIe siècle ?

Livres d’artistes : a multi-person control situation

« Livres d’artistes : a multi-person control situation« , in Océane Delleaux (dir.), Les avancées de l’art multiplié [actes d’une journée d’étude à l’université de Picardie Jules Vernes, Amiens, mai 2013], Friville-Escarbotin, Friville Éditions, 2016, pp. 35-55 ; également publié dans l’ouvrage collectif Edith, Rouen, Esadhar, 2016, p. 186-195. [Lire]



À la suite du critique d’art Lawrence Alloway, la pratique du livre d’artiste a souvent été décrite comme une situation de contrôle par une seule personne : « a one-person control situation », ainsi qu’il l’écrivait en 1974. Bien que de nombreux commentateurs aient validé la pertinence de cette remarque, l’observation de certains livres d’artistes implique pourtant d’en préciser la portée et les implications, en particulier lorsqu’on considère la production des dix ou quinze dernières années, période lors de laquelle la pratique du livre d’artiste a connu un fort regain d’intérêt. Il importe ainsi de considérer le rôle que peuvent avoir d’autres personnes que les artistes eux-mêmes dans la réalisation des livres d’artistes, qui comme toutes autres éditions, sont souvent en réalité les produits d’un processus collectif, faisant intervenir un éditeur, un graphiste, un imprimeur, etc., dont le travail informe celui de l’artiste à des degrés variables.

Les éditions d’artistes et leur réception : entre provocations et malentendus

« Les éditions d’artistes et leur réception : entre provocations et malentendus », in Leszek Brogowski, Joseph Delaplace, Joël Laurent (dir.), Défier la décence : crise du sens et nouveaux visages du scandale dans l’art, Arras, Artois Presses Université, 2016, p. 77-92. [+]

Fictionnalia / Mathias Schweizer

« Fictionnalia », in Mathias Schweizer, Sébastien Dégeilh, Olivier Huz et l’atelier Genius loci (isdaT), Inventaire général sur la base d’une promesse, restitution d’un workshop conduit par Mathias Schweizer avec les étudiants de l’institut supérieur des arts de Toulouse au musée Calbet, Grisolles, mai 2016. [Lire]



Soit deux collections : d’une part celle du Musée Calbet, un musée d’arts et traditions populaires situé à Grisolles, dans le Tarn-et-Garonne ; d’autre part un ensemble d’artefacts rudimentaires, et néanmoins ingénieusement façonnés, en bois, en argile, en métal, en pâte à sel, avec du tissu, etc. Envisagées comme pendant l’une de l’autre, ces deux collections ont en commun le nombre d’éléments qui les composent — 5322 — ainsi que leur répartition identique en six catégories correspondant à divers champs d’activité et de connaissance. Mais alors que les objets du musée ont été collectés au cours de plusieurs décennies, et qu’ils témoignent de modes de vie appartenant à une temporalité plus longue encore, ceux de la seconde collection ont été façonnés durant une courte période par un groupe d’étudiants en design graphique à l’Institut supérieur des arts de Toulouse, dans le cadre d’un workshop proposé par Mathias Schweizer.

Atelier(s)

« Atelier(s) », in Irène L. Taicq, Marseille, Astérides, 2016, publication concluant une résidence d’artistes de Victoire Barbot, Pierre Boggio, Julie Michel et Luca Resta. [+]



Irène L. Taicq est une artiste identifiée avant toute chose par son espace de travail, qui serait la somme de ceux qu’ont occupés Victoire Barbot, Pierre Boggio, Julie Michel et Luca Resta de janvier à juin 2016, dans le cadre d’un programme de résidences à Astérides. Si rien, a priori, ne réunissait ces quatre artistes, il s’est avéré qu’en dépit de la diversité de leurs démarches et de leurs œuvres, formellement et conceptuellement éloignées, un vocabulaire partagé pouvait toutefois permettre une discussion collective, à laquelle s’est adjoint l’historien et critique d’art Jerôme Dupeyrat.

L’exposition des livres d’artistes, ou son impossibilité

« L’Exposition des livres d’artistes, ou son impossibilité », exPosition, n°1, mai 2016. [Lire]



Exposer des livres est un exercice dont l’issue est souvent décevante, aussi bien pour les spectateurs-lecteurs que pour les commissaires d’expositions, les auteurs, les éditeurs ou encore les graphistes. Dans le cas des livres d’artistes, l’exposition est un mode de visibilité qui s’avère d’autant plus insatisfaisant qu’à bien des égards, il entre en contradiction avec les valeurs inhérentes à cette pratique éditoriale. Parce qu’il relève de l’art, le statut de ces publications incite pourtant à les exposer, comme en témoigne la programmation des diverses institutions artistiques dévolues à cette pratique, ou plus largement les nombreuses expositions qui lui ont été consacrées au cours des dernières décennies – et plus particulièrement ces dix à quinze dernières années – dans des musées, des galeries, des centres d’art, ou encore à l’occasion de salons d’édition.

Laurence Cathala, La vie des livres

« Laurence Cathala, La vie des livres », texte pour le site Documents d’artistes Rhône-Alpes, avril 2016. [Lire]


De diverses manières, livres, revues et imprimés traversent la majeure partie des œuvres de Laurence Cathala : ils y apparaissent au sein des bibliothèques qui meublent divers intérieurs dessinés par l’artiste, s’y manifestent comme images, comme objets factices, y sont convoqués sous des formes génériques, à l’état d’objets fantômes médiatisant l’absence du texte, au travers d’extraits empruntés ou inventés, ou sont enfin le lieu même de production et de diffusion du travail, la plupart de ces possibilités pouvant se combiner.

L’Art exposé, l’art édité

« L’Art exposé, l’art édité », The Shelf, n°4, mars 2016, p. 96-111. [+]



Lieux d’exposition et bibliothèques, œuvres exposées et publications, diffèrent le plus souvent du point de vue de leurs espaces, de leurs formes, de leurs statuts et de leurs modes d’existence. Pourtant, la pratique de l’exposition et celle de l’édition entrent souvent en correspondance. Une installation, une série photographique, une inscription murale ou un livre, peuvent être ainsi autant de versions d’un même projet artistique qui ne s’informe ni dans un médium exclusif ni à travers des limites matérielles définitives. Cette non-clôture de l’œuvre, qui favorise la variabilité des propositions artistiques en de multiples formes, formats et supports, est un héritage de l’art conceptuel, dans la mesure où celui-ci produit une différenciation de l’œuvre et de ses matérialisations possibles.

Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection

« Crystal Maze IX — Quérir Choisir : Pierre Faucheux et l’esprit de collection », commissariat d’exposition avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Musée Calbet, Grisolles, janvier-avril 2016 (scénographie : Camille Platevoet et Arnaud Daffos). [+]



En 1987, l’exposition « Quérir Choisir » au Musée National des Arts et Traditions Populaires présentait les nouvelles acquisitions versées à la collection du musée. Fondé en 1937 par Georges Henri Rivière, le MNATP célébrait également, avec cette exposition, ses cinquante ans d’existence. Sur le premier plat de couverture du catalogue, en pied de page, on peut reconnaître le logo dessiné par Pierre Faucheux en 1970-71. Graphiste et urbaniste français ayant traversé les Trente Glorieuses, Faucheux (1924-1999) est connu comme l’homme « aux millions de couvertures ». Comme par un heureux hasard, l’énoncé « Quérir Choisir » pourrait être un programme pour aborder sa production foisonnante, et en particulier pour se saisir de « l’esprit de collection » qui la traverse. Observer les collections et les séries que Pierre Faucheux a dessinées pour de nombreux éditeurs entre le début des années 1950 et la fin des années 1980 permet de regarder comment il a créé une grammaire graphique où choix de caractères typographiques, jeux de collages et utilisation de documents iconographiques fabriquent ce que le critique Charles Asselineau avait appelé, en 1866, des Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique, lorsque lui-même cataloguait les ouvrages de ses auteurs romantiques favoris en essayant d’en dégager les physionomies typiques.
Les « mélanges » organisés par Faucheux sont les indices d’une pratique de la collecte et de la collection que vient éclairer la reprise du titre de l’exposition de 1987, « Quérir Choisir ». Au jeu des étymologies, le quaere latin donne au verbe quérir la dimension de l’enquête à laquelle répond le regard posé sur d’éclectiques ensembles que suppose l’action de choisir. On complétera l’origine de ce dernier verbe avec la figure du choisisseur ou de la choisisseuse qui, au XVIIIe-XIXe siècle, découpait les chiffons ramenés dans les papeteries par le chiffonnier. Celui-ci, dont Walter Benjamin a écrit que ses gestes étaient « la caricature de ceux du collectionneur, son opposé et son double » (Paris, capitale du XIXe siècle), accumulait des rebuts formant, pour les autres, un ensemble réutilisable de fragments, cartons, peaux, os, ferraille, etc. Si le chiffonnier est le parent pauvre du collectionneur, pour lui aussi, « le monde est présent et rangé dans chacun des objets qu’il possède ».
Pareillement, Pierre Faucheux est doublement un chiffonnier-collecteur et un choisisseur. Il bâtit des objets graphiques portant la trace lointaine ou proche des matériaux qu’il accumule pour et au travers des commandes et des collaborations que son atelier et lui-même honorent. Si cette figure se comprend d’abord au regard des nombreuses collections éditoriales dont Faucheux a élaboré le graphisme, celles-ci mettent en forme des principes d’identité et de variation, de distinction et de reprise, de différence et de répétition, qui sont aussi des notions pertinentes pour observer ses autres objets graphiques (maquettes de revues, affiches, collages et écartelages, etc.) ainsi que certaines de ses propositions architecturales.
Ce neuvième Crystal Maze — un dispositif qui convoque, entre autres, les principes du montage et de l’édition — propose ainsi un regard sur ces formes, ces rébus de rebuts, ces mélanges d’un flâneur de bibliothèques et d’un arpenteur d’espaces.

Préface

Programmation et commissariat des expositions de la galerie Préface avec Naïs Calmettes, Rémi Dupeyrat et Julie Martin, septembre 2015-juin 2016.



  • « Second œuvre », avec Thomas Cristiani et Antoine Roux, Liam Gillick, Lucie Laflorentie, Claude Rutault, That’s Painting, Éric Watier, Lawrence Weiner [+]
  • Camila Oliveira Fairclough [+]
  • Chloé Munich & Vincent Lalanne, « Le Mat » [+]
  • Bevis Martin & Charlie Youle, « Thought Plants » [+]
  • Rabih Mroué [+]
  • Olympia Press [+]

Du livre d’artiste comme bibliothèque de papier

« Du livre d’artiste comme bibliothèque de papier », in Barbara Denis-Morel (dir.),
Les artistes face aux livres, Avranches, Scriptorial d’Avranches ; Nevers, Tombolo presses, 2015, pp. 40-51. [+]



En 1947, André Malraux constatait l’apparition d’un Musée Imaginaire « qui [allait] pousser à l’extrême l’incomplète confrontation imposée par les vrais musées : répondant à l’appel de ceux-ci, écrivait-il, les arts plastiques ont inventé leur imprimerie ». Si les livres peuvent être pour l’art des musées imaginaires, alors ne peuvent-ils pas être pour les autres livres — réels ou fictifs — des bibliothèques elles aussi imaginaires ? Et de même qu’il existe des « musées de papier », ne peut-on pas parcourir certains livres comme des bibliothèques imprimées ? Considéré de la sorte, le livre n’est plus seulement ce qui est censé trouver place dans une bibliothèque, mais également ce dans quoi une bibliothèque peut se constituer. Ces bibliothèques de papier, imaginaires ou virtuelles, peuvent prendre la formes de catalogues, de listes, de bibliographies ou d’anthologies. Il s’agira ici de s’interroger sur les enjeux de ces livres à la puissance livres dans le cas spécifique des publications d’artistes, qui mettent bien souvent en œuvre ce type de modèles.

Contributions à la revue « Critique d’art »

Contributions à la revue « Critique d’art » depuis 2015 [Lire]

  • documentation céline duval, Critique d’art, n°44, printemps/été 2015.
  • Christian Besson, Peepshow, note de lecture en ligne, 01 juin 2016.
  • Eric Watier, Plus c’est facile, plus c’est beau : prolégomènes à la plus belle exposition du monde, note de lecture en ligne, 20 mai 2017.
  • Marie Boivent et Stephen Perkins (dir.),The Territories of Artists’ Periodicals, note de lecture en ligne, 20 mai 2017.
  • Christophe Lemaitre, Aurélien Mole et Rémi Parcollet, Postdocument 1—7, 8, note de lecture en ligne, 20 mai 2017.

documentation céline duval

« documentation céline duval », Critique d’art, printemps/été 2015, n°44, p.104-109. [Lire]



L’archiviste et l’iconographe sont deux figures majeures de la création actuelle, ainsi qu’en attestent publications et expositions depuis une dizaine d’années. Le travail de documentation céline duval s’inscrit dans cette perspective. Depuis 1998, l’artiste a constitué un fonds d’images photographiques composé de ses propres clichés, de photographies amateurs, de cartes postales et d’illustrations de magazines. Penser, classer, se saisir de la dimension plastique de ces images est ce à quoi s’emploie Céline Duval (née en 1974), en s’attachant aux représentations que celles-ci véhiculent et à la possibilité d’une écriture visuelle.

Publishing Art

« Publishing Art », Journal of Artist’s Books, n°37, avril 2015, p. 32-33. [+]

The growth of artist’s books in the 1960s and 1970s has to be viewed in relation to the forms and procedures of the art of that time, but also according to the desire to find an alternative to institutional contexts or art dealers. This will of the artists comes as much from necessity as choice: necessity, because the institutions of that time were showing little interest in recent works, which challenged the values of art established over the preceding decades; and choice, because the same institutions were the guardians of those very values, which is why the artists had to get out of their clutches, and set up alternative art institutions. But art institutions aren’t the only things that artist’s books called, and still do call, into question. Although it might be accidental, these publications also constitute an alternative to normal ways of publishing.

Éditer l’art / Featuring

« Éditer l’art », texte écrit pour un t-shirt concluant la résidence « Featuring » d’Emma Cozzani et Pablo Garcia à La Panacée, Montpellier, janvier 2015.


Éditer l’art,
c’est inscrire les œuvres dans l’histoire des formes éditoriales,
de l’encyclopédie au livre de poche,
du libelle au beau-livre,
du tract au catalogue,
du journal au magazine ;
c’est intégrer les œuvres d’art parmi les œuvres littéraires, les sciences, l’histoire, c’est-à-dire au sein de la culture dans son acception la plus large.
Éditer l’art c’est remettre en question nombre de critères, de valeurs et de notions qui fondent historiquement ce concept : l’unicité, l’originalité, l’œuvre, etc. ;
c’est ne plus considérer l’œuvre, quand œuvre il y a, comme une entité close et définitive ;
c’est faire de l’œuvre un média ;
c’est se donner la possibilité de la réédition ;
c’est faciliter la possibilité du don ou de l’échange.
Éditer l’art c’est le condenser dans un espace-temps qui se perçoit simultanément par la main, l’œil et le cerveau ;
c’est renouveler les schémas de réception esthétique en faisant du récepteur un lecteur ;
c’est substituer les librairies aux galeries, et les bibliothèques aux musées ;
c’est inventer des modèles d’exposition alternatifs, mais aussi et surtout des alternatives à l’exposition ;
c’est opposer à la logique centralisée des institutions artistiques traditionnelles le fonctionnement d’un réseau décentralisé ;
c’est affirmer l’autonomie totale de l’artiste-auteur-éditeur, ou affirmer au contraire un processus collectif faisant intervenir artistes, éditeurs, graphistes et imprimeurs d’une façon collaborative.
Éditer l’art c’est aussi proposer des alternatives à l’offre éditoriale commune ;
c’est s’approprier les conventions familières de l’édition pour les déplacer dans un champ d’activité qui leur est initialement étranger.
Éditer l’art, c’est proposer une conception de l’art comme pratique qui ne se restreint pas à la création d’œuvres mais qui s’élargit à leur production et à leur diffusion ;
c’est concevoir la pratique artistique comme un phénomène proprement politique par l’intégration de l’art à une stratégie culturelle critique et par la prise en compte du procès de production et de diffusion des œuvres.

Montage et démontage du désir

« Dé-montage du désir » [Lire/Read], 2015, et « Montage et démontage du désir » [Lire], 2013, à propos de documentation céline duval, Les Allumeuses, 1998-2010, 2011.



Chaque vidéo est au format 4/3, en plan fixe, cadrée au plus près d’une pile d’images publicitaires et d’illustrations photographiques provenant manifestement de magazines. Des images véhiculant des représentations largement déterminées par les industries du divertissement, par des stéréotypes de genre et par une idéalisation du corps perçu comme objet désirable. La lueur reflétée par la surface du papier glacé, la présence de briques et de cendres, le crépitement d’un feu, permettent de comprendre que la scène est filmée au bord d’une cheminée. Une main se saisit des images une à une ; le bruit de froissement qui fait suite ne laisse guère de doute quant à leur devenir. Les soixante chapitres qui composent la série les allumeuseshidden eyes, kissing, photographer, balance, angel, guitare, etc. — sont construits selon le même protocole, tout en proposant chacun une typologie spécifique de représentations dont la répétition révèle le caractère stéréotypé. Au-delà de l’accumulation, l’ordonnancement précis des cou-pures de magazines définit pourtant une écriture visuelle, un montage séquentiel qui se déploie paradoxale-ment au fur et à mesure que les images disparaissent.

David Coste : soubassement

« David Coste : soubassement », O2, n°72, hiver 2014, p. 79. [Lire]



Depuis près d’une dizaine d’années, David Coste construit, par son travail, des territoires alternativement utopiques, hétérotopiques ou dystopiques, dans une oscillation constante entre réalité et fiction. La circulation et la réinterprétation des images sont au fondement de sa démarche, qui se déploie de plus en plus dans une convergence des pratiques du dessin, de la photographie et de l’installation.

Bibliologie, Livres et éditions d’artistes dans la collection du Frac Haute-Normandie

« Bibliologie, Livres et éditions d’artistes dans la collection du Frac Haute-Normandie », commissariat d’exposition, Frac Normandie Rouen, 2014. [+]



L’exposition « Bibliologie » – terme désignant une « science du livre » – est dédiée aux livres et aux éditions d’artistes, à travers la collection du Frac Haute-Normandie.
Conçus par des artistes qui font du livre un mode de création et de diffusion approprié à leurs intentions artistiques, les livres d’artistes sont pleinement de l’art tout en résultant de moyens d’édition contemporains. Ils se distinguent ainsi des catalogues et des livres d’art, car ils ne sont pas à propos de l’art mais ont par eux-mêmes un statut artistique. De même, ils se distinguent des livres de bibliophilie rares et précieux, car ils ne cherchent pas à esthétiser le livre à l’aide de pratiques et de conventions issues de l’artisanat ou des beaux-arts, mais visent plutôt à déplacer dans le contexte artistique les stratégies de l’édition et la culture du livre.
L’exposition est conçue selon un système de classification en usage dans les bibliothèques : la Classification Décimale Universelle, mise au point au tout début du XXe siècle par Paul Otlet et Henri La Fontaine. Celle-ci permet d’ordonner les livres par grandes familles de connaissances : « Philosophie, Psychologie », « Sciences sociales », « Mathématiques, Sciences naturelles », « Langues, Linguistique, Littérature », etc.
Ce choix, associé à la présence d’une librairie au coeur de l’exposition, vise à affirmer le statut éditorial des publications d’artistes.
Mais parce qu’elles sont aussi des œuvres, qu’il ne faut pas dissocier des autres pratiques des artistes qui en sont les auteurs, l’exposition met également en regard ces éditions d’artistes avec d’autres travaux (photographies, vidéos, lithographies, peintures, etc.) qui offrent un plus large aperçu sur la collection du Frac, à partir des livres qui s’y trouvent.
En réponse au paradoxe d’exposer le livre, qui est déjà son propre moyen de diffusion et d’exposition, et dont la mise sous vitrine nie certaines qualités intrinsèques, le groupe de recherche Édith — constitué d’enseignants et d’étudiants de l’ÉSADHaR — propose une série d’essais vidéos réalisés à partir de certaines éditions exposées. Ces vidéos ne prétendent pas se substituer à leur consultation, mais questionnent la valeur d’usage des éditions d’artistes et leur devenir images en situation d’exposition.

[Lire un article sur l’exposition dans la revue zerodeux]

Graphisme, art, critique. Entretien avec Étienne Bernard

« Graphisme, art, critique. Entretien avec Étienne Bernard », Tombolo, octobre 2014. [Lire]



Jérôme Dupeyrat : « S’intéresser au graphisme — au design graphique —, en étudier l’histoire et l’actualité, tenter de l’appréhender sous l’angle de l’analyse critique, cela implique à un moment ou l’autre de se frotter à la difficulté de définir ce terme, cette pratique, cette discipline. Je ne pense pas au demeurant que cette difficulté définitoire soit spécifique au graphisme, c’est l’exercice même de la définition qui est difficile dès lors qu’il concerne des choses moins consensuelles que les objets les plus ordinaires de la vie courante (et encore, on pourrait sûrement trouver des choses « ordinaires » démentant cette affirmation). Mais puisque nous allons parler ici de graphisme, est-ce qu’il y a selon vous des raisons expliquant cette difficulté ? »

Image/sculpture

« Image/sculpture. Comment la sculpture fait image, ce que l’image fait à la sculpture », invitation éditoriale du réseau Documents d’artistes, 2014. [Lire]





Lorsque l’on parle d’image(s), parmi les diverses possibilités qui viennent à l’esprit — photographies, films, dessins, peintures, radiographies, images de synthèse, etc. —, la sculpture n’occupe pas la place principale, voire n’occupe aucune place. On conçoit volontiers qu’une sculpture puisse être la représentation d’une chose, mais il sera rare de l’appeler « image » pour autant. C’est que dans une logique de médium hérité du modernisme, la sculpture aurait davantage à voir avec les notions de volume et d’espace. Les arts de l’image et les arts de l’espace ou du volume semblent ainsi correspondre à deux pôles bien dissociés de la création artistique. Pourtant, l’art de ces dernières décennies a largement déconstruit ces catégories — ou du moins rendu poreuses leurs frontières —, catégories qui au demeurant ne sont pas antinomiques. C’est donc en relation à la notion d’image que l’on voudrait ici parler de sculpture, et c’est en deux sens qu’il est possible de le faire : dès lors, tout d’abord, qu’une sculpture « fait image », mais aussi lorsqu’une sculpture est traversée par des procédés ou des conceptions trouvant leur origine dans les médiums de l’image (autre que la sculpture elle-même).

Le livre d’artiste comme alternative à l’exposition

« Le livre d’artiste comme alternative à l’exposition », in Leszek Brogowski et Anne Moeglin-Delcroix (dir.), Le livre d’artiste : quels projets pour l’art ?, Rennes, Éditions Incertain Sens, 2014, pp. 179-190. [+]



Parmi les qualificatifs qui ont été attribués aux livres d’artistes depuis les années mille neuf cent soixante, celui d’« espace alternatif » (alternative space) est l’un de ceux qui reviennent le plus souvent. Espace alternatif, car dans le contexte artistique, culturel et politique des années soixante et soixante-dix, le livre et l’édition ont constitué pour de nombreux artistes un moyen efficace pour faire exister leur travail sous des formes nouvelles, en dehors des institutions artistiques et/ou marchandes dont les critères esthétiques et commerciaux n’étaient plus, pour un temps du moins, en adéquation avec des démarches telles que celles de l’art conceptuel ou de Fluxus. L’alternative dont il s’agit est en fait une alternative aux modes traditionnels de production et de diffusion de l’art, dont le plus emblématique est l’exposition sous forme d’accrochage d’œuvres d’art dans un lieu dévolu à cet effet, tel que la galerie ou le musée.

Voir également : Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]

Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières

« Livres d’artistes : ce que l’édition fait à l’art et à ses frontières », in Éric Van Essche (dir.), Aborder les bordures : l’art contemporain et la question des frontières, Bruxelles, La Lettre volée, 2014, p.123-138. [+]



Les livres et les éditions d’artistes sont l’un des phénomènes les plus représentatifs du potentiel de dé-définition et de déterritorialisation qu’a l’art contemporain dans ses expressions les plus radicales : celles qui mettent à mal systématiquement les critères esthétiques et qui déplacent sans cesse les lieux et les conditions de réception des œuvres. Il s’agira ici d’analyser ces déplacements, qui opèrent autant aux frontières de l’art qu’aux niveaux des cadrages conceptuels délimitant les pratiques artistiques ou les catégories esthétiques. Ce faisant, il convient aussi de se demander ce que ces déplacements impliquent pour le commentateur. Car l’étude des publications d’artistes soulèvent des questionnements méthodologiques qui concernent les discours sur l’art contemporain en général : en effet, comment définir ce qui veut échapper à la définition sans l’altérer ou le trahir, comment expliciter ce qui invite à la contradiction ou au paradoxe en des termes qui en conservent la portée effective ? Autrement dit, comment saisir une pratique artistique qui se situe sur un terrain dont elle remet constamment en question les frontières ?

Claude Closky, Au fond de la piscine

« Claude Closky, Au fond de la piscine », texte écrit en accompagnement d’un livre d’artiste de Claude Closky : Au fond de la piscine, Montpellier, Esbama, juillet 2014, 208 p. [Lire]



Les livres et autres publications imprimées sont essentiels dans la pratique artistique de Claude Closky. Ils occupent « une grande place dans [son] activité, une petite place dans son économie », ainsi qu’il le dit avec un mélange d’objectivité et d’humour qui caractérise souvent son travail. Parce que celui-ci repose en grande partie sur le langage et que les livres en ont longtemps été le véhicule par excellence, parce que sa démarche est de nature systématique et que les livres se prêtent remarquablement, dans leur structure même, à l’exposition de systèmes, parce que Claude Closky a souvent proposé à travers son travail une analyse critique de notre environnement médiatique et que les livres, les journaux, les magazines, etc., sont des médias, pour toutes ces raisons, l’activité de publication et les espaces imprimés sont centraux dans son processus artistique.
Au fond de la piscine, le dernier livre en date de l’artiste, peut paraître quelque peu déroutant à la première « lecture », y compris pour celui qui est familier du travail de l’artiste. Et comme souvent, c’est paradoxalement la simplicité voire le caractère d’évidence de la proposition qui déroute…

Une Livre

Atelier « Braconnages » (dir. Laurence Cathala, Sébastien Dégeilh, Jérôme Dupeyrat, Olivier Huz), Une Livre, Marseille, Editions P ; Toulouse, isdaT, 2014. [+]



Cette publication restitue les expérimentations et les recherches conduites en 2013-2014 à l’institut supérieur des arts de Toulouse (isdaT beaux-arts) dans le cadre de l’atelier « Braconnages », dédié aux pratiques éditoriales dans le champ artistique. Ce projet a été mené en partenariat avec la médiathèque des Abattoirs, dont l’ampleur de la collection de livres d’art et de livres d’artistes offre un terrain propice à qui veut étendre sa culture éditoriale et produire des livres. Au sein de l’atelier, c’est à ces deux activités que se sont consacrés des étudiants inscrits dans les trois options qui structurent l’enseignement à l’isdaT beaux-arts : art, design et design graphique. Au fil de leurs contributions visuelles à cette publication et de trois entretiens réalisés avec des interlocuteurs rencontrés tout au long de l’année — Marc Camille Chaimowicz, Didier Mathieu, Jérôme Saint-Loubert Bié — il est question du plaisir d’agencer des choses ensemble (une définition possible de l’édition), de ce qu’il faut regarder dans les livres et de la façon de les classer dans les librairies et les bibliothèques, des logiques à l’œuvre dans une collection, de la possibilité pour les maquettistes de journaux de bénéficier d’une carte de presse, de la dimension collective du travail éditorial, des frontières entre les différents types de livres et de leurs déplacements, de bibliophilie parfois cheap, de livres d’artistes, de Flaubert et des disques seven tracks, de papiers peints et de cartes postales, de chasse et de mode, etc. S’il est question de « braconnages » ici, c’est en raison de nombreuses incursions interdisciplinaires et du fait d’une relation à la trouvaille, à la prise, que connait bien l’amateur de livres.

Crystal Maze VI – To Love a Bitch and a Fake (état 1)

Crystal Maze VI — To Love a Bitch and a Fake (état 1), avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Préface, Paris, 8 mars 2014. [+]



À l’invitation de la galerie Préface, ce Crystal Maze se présente comme une exposition éphémère interrogeant la figure des « faux-livres » au cinéma. Si les réalisateurs de films citent souvent la littérature au travers de romans-clés, ils peuvent parfois jouer de ces citations en fabriquant, littéralement, des livres qui n’existent pas.
Préface a accueilli une première collection de ces faux-livres reconstitués. Chacun d’eux apparaît dans un film particulier à un moment précis. Ce sont ces instants d’apparition, audio-décrits, qui tiennent lieu de cartels à un vide bavard, espace de toutes les projections possibles. À ces faux-livres incarnés par leur maquette en blanc s’est ajoutée une bande sonore et une série d’objets, amorces à la figure spéculaire du faux-livre : le faux-écrivain de cinéma… Le Crystal Maze VI est la combinaison d’un soir de ces deux acteurs.

Crystal Maze V – Haut les mains !

Crystal Maze V – Haut les mains !, avec Alex Balgiu, Brice Domingues et Catherine Guiral, Les Laboratoires d’Aubervilliers, 4 décembre 2013. [+]



Dans le cadre d’une résidence de l’écrivain Daniel Foucard aux Laboratoires d’Aubervilliers, l’agence du doute a été invitée à participer au cycle d’événements « Degré 48 ». Ce cycle consacré au(x) manisfeste(s) avait pour origine le travail du poète Illiazd et sa revue, Degré 41. Pour cette occasion, le Crystal Maze a été conçu comme une pièce de théâtre en deux actes où se rencontrent des images, des voix et des objets édités.

Iliazd mène au manifeste, le manifeste mène à la main, mais entre Iliazd et la main, rien de manifeste. Le Crystal Maze V est le récit de ce non-lien… Un non-lien déplié en images et en paroles (montage filmique, partie de cartes visuelle, lectures, générique édité), à travers un dispositif qui, dans son fonctionnement même, se voudrait un manifeste pour la pensée en escalier, la pensée digressive et associative, un manifeste pour la déterritorialisation, pour la pensée et l’action micro-collectives, pour le dialogue de la main, de la voix et du cerveau. Mais parce qu’il stratifie ces multiples orientations, le Crystal Maze V opère aussi un pas de côté vis-à-vis du manifeste considéré comme genre, et en conteste en particulier la dimension souvent univoque, la propension à une parole catégorique, définitive, irrévocable, assurée d’elle-même, qui sait trop où elle va. Sans relativisme pour autant, il s’agit alors d’explorer un registre de discours qui pourrait s’étendre entre le manifeste et l’essai, comme la forme manifestée d’un certain nombre d’opérations.

La quatrième classe

« La quatrième classe » [commissariat d’exposition], avec Robert Barry, Daniel Buren, Julie Marie Cazard, herman de vries, Amélie Dubois, IKHÉA©SERVICES, Jonathan Monk, Claire Morel, Julien Nédélec, Conny Purtill, Yann Sérandour, Laurent Sfar, Nick Thurston], Florence Loewy… by artists, Paris, 23 novembre – 21 décembre 2013.



l’exposition La quatrième classe réunit diverses propositions artistiques liées au livre et à l’édition (livres d’artistes, pageworks, œuvres se référant à un livre, interventions ayant la bibliothèque ou la librairie comme site), qui ont en commun de donner corps à des réalités discrètes ou inframinces dont l’existence procède d’une absence, et la substance d’une vacance. Ces œuvres se fondent sur la matérialisation du vide, sur la désignation paradoxale de choses non perceptibles, sur l’effacement ou sur la soustraction. Chacun de ces gestes a des implications artistiques et politiques spécifiques mais ils ont en commun une économie esthétique qui conjugue le conceptuel au sensible en faisant apparaître ce dernier là où il n’y a pas ou plus ce qui pourrait s’y trouver.

Les entretiens d’artistes

Les entretiens d’artistes, de l’énonciation à la publication, ouvrage collectif dirigé avec Mathieu Harel Vivier, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013, 188 p. [+]



Motivé par la pleine intégration dans les discours sur l’art des formes d’échanges dialogiques avec les artistes, cet ouvrage collectif étudie le cas particulier de l’entretien : ses enjeux théoriques, sa typologie, les situations d’énonciation qui en relèvent et leur transmission via le filtre des outils d’enregistrement et des processus de transcription. Dans une volonté d’articuler pratique et théorie, il considère un type d’échange qui engage l’artiste à s’exprimer sur le processus de création. Sur une période essentiellement contemporaine, ce livre et ses onze contributions portent sur un grand nombre de sources, d’une conversation publique entre Raymond Hains et Marc Dachy à un entretien inédit avec Hans Ulrich obrist, en passant par l’entretien filmé entre Louise Bourgeois et Bernard Marcadé, par l’auto-interrogatoire de Michel vinaver, par les entretiens de Christian Boltanski, ceux de metteurs en scène de théâtre et ceux compilés par John Cornu, sans oublier l’exercice de transposition d’un récit de Paul valéry en entretien par Claude Debussy, les pratiques dissidentes de l’entretien d’Andy Warhol, Robert Morris, tino Seghal, etc., les interviews télévisées et les entretiens de Pier Paolo Pasolini ou encore les portraits filmés de Rebecca Bournigault. Ces contributions formu-lées par des spécialistes, des jeunes chercheurs et des artistes, analysent une parole qui accompagne l’élaboration d’une pratique et d’une réflexion chez l’artiste autant qu’elle permet au critique ou à l’historien d’adosser sa pensée à un propos de première main.

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux

L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, ouvrage collectif dirigé avec Catherine Guiral et Brice Domingues, textes de Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Catherine Guiral, Jérôme Faucheux, Laurence Moinereau et Sonia de Puineuf, Paris, B42 ; Toulouse, isdaT, 2013. [+]



Pierre Faucheux (1924-1999) a été l’une des figures majeures de l’édition française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Renouvelant largement ce champ du design graphique, il traversa la seconde moitié du XXe siècle en y laissant des empreintes multiples qui sont autant d’expérimentations revisitant les avant-gardes ou s’inscrivant dans les courants artistiques de son époque. En marge de son atelier, il développa un travail visuel constitué de collages et d’« écartelages » photographiques. Enfin, il consacra également sa carrière à l’architecture, en s’associant aux projets de divers architectes ou en élaborant des aménagements muséaux et des scénographies d’expositions.
Faucheux concevait l’architecture comme une écriture et la mise en livre comme un travail architectural : écrire l’espace et être un architecte du livre, tel fut le grand écart qu’il se proposa de tenir tout au long de sa carrière. À partir de cette notion d’écart, qu’il fit sienne à la suite de Charles Fourier puis des surréalistes, cette publication, qui fait suite à une recherche menée au sein de l’institut supérieur des arts de Toulouse, propose d’approfondir la connaissance critique du travail de Pierre Faucheux.

L’édition comme pratique d’exposition alternative

« L’édition comme pratique d’exposition alternative », in Valérie Kobi et Thomas Schmutz (dir.), Les Lieux d’exposition et leurs publics. Ausstellungsorte und ihr Publikum, Berne, Peter Lang, 2013, p.163-186. [+]

Les livres d’artistes se sont développés comme une alternative critique aux modes traditionnels de production et surtout de diffusion de l’art, dont les expositions sont le dispositif le plus emblématique à l’époque contemporaine. En fait, il apparaît que les livres d’artistes se positionnent constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition. C’est cette ambivalence qu’il s’agira ici de mettre en évidence, en étant particulièrement attentif aux conséquences qu’elle implique pour l’économie générale de l’œuvre d’art et les processus de réception esthétique.

Voir également : Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]

Graphisme aujourd’hui

Graphisme aujourd’hui : miscellanées, Pau, École supérieure d’art des Pyrénées, 2013. [Coordination éditoriale en collaboration avec Julien Drochon et Perrine Saint-Martin]. [+]



Durant trois années, l’École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau a demandé à Marsha Emmanuel d’organiser une série de journées d’étude qui permettraient de mieux comprendre « de quoi on parle quand on parle du graphisme ». L’intégralité de ce cycle de conférence est à présent restitué sur un site web qui en propose les actes virtuels.
En complément, il a paru intéressant de demander à toutes celles et tous ceux qui avaient contribué aux journées d’étude de suggérer un texte dont la lecture pourrait aider à penser le graphisme aujourd’hui. Sont ainsi réunis, selon un principe de mise en page qui les met directement en parallèle les uns des aurtes, des textes tels que « L’art en ploutocratie » de William Morris, « Intriguer ou le paradoxe du graphiste » de Jean-François Lyotard, « Intégrité et invention » de Paul Rand, « Donner la parole aux gens sans parole » de Pierre Bourdieu ou encore Ways Of Seeing de John Berger.

« De l’amour des livres de l’amour »

« De l’amour des livres de l’amour, une discussion entre Thierry Chancogne et Jérôme Dupeyrat », in La fille, le fruit, le perroquet et la piqûre à cheval, , Tombolo presses, 2013, n.p. [+]



Jérôme Dupeyrat : Je noterai plusieurs choses en écho à ce que tu exposes là. Tout d’abord que l’histoire du livre — ou peut-être plutôt l’histoire de la réception et de la perception du livre — oscille entre deux conceptions. D’une part le livre peut être perçu comme un objet matériel, conception qui trouverait son aboutissement dans la bibliophilie, entendue non pas simplement comme un « amour du livre », mais comme une catégorie esthétique et économique : livres rares, précieux, ouvragés artisanalement, etc. D’autre part nous pouvons penser le livre comme un espace de savoir, de connaissance, d’information, selon une conception qui tend à nous faire appréhender le livre comme support et comme média, plutôt que comme forme ou objet, en le définissant du point de vue de ses contenus plutôt qu’en fonction de la manière dont lesdits contenus sont rendus accessibles par leur matérialisation. Ce tiraillement ne fait finalement que s’inscrire dans une série de vieilles distinctions entre pratique et théorie, forme et contenu, etc. Or ces catégories sont perméables les unes aux autres…

Culture Club

« Culture Club, une discussion autour des clubs du livre entre Alex Balgiu, Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Damien Gauthier et Catherine Guiral », The Shelf Journal, n°2, 2013. [+]


La majorité des personnes participant à cette discussion sont graphistes, tous sont enseignants, tous portent un intérêt au « phénomène » des Clubs qui démarrèrent au sortir de la seconde guerre sur un modèle importé des États-Unis pour finalement péricliter au milieu des années soixante. Vingt années durant lesquelles les Clubs se multiplièrent, proposant sous forme d’abonnement jusqu’à 4 livres par mois. L’objectif était de constituer une bibliothèque pour l’honnête homme alors que beaucoup de foyers avaient perdus leurs ouvrages durant le conflit mondial. Rééditions d’œuvres classiques, de romans appréciés mais aussi l’occasion pour les éditeurs de proposer de nouveaux auteurs, à un rythme soutenu. L’une des spécificités de l’offre de ces Clubs était de proposer des éditions « demi-luxe » conçue par un graphiste (alors appelé maquettiste) dont certains comme Faucheux ou Massin (pour citer deux noms emblématiques du graphisme français d’après-guerre) firent leurs premières armes au sein de ces Clubs avant de poursuivre une brillante carrière au-delà. 45 ans après leur quasi disparition, l’on perçoit un regain d’intérêt pour ces ouvrages que l’on retrouve chez un vieil oncle, dans les bacs de bouquinistes ou sur les étals des vides-greniers. Nombreux sont les graphistes qui aujourd’hui les regardent de près, les considèrent comme des réalisations exemplaires ou parfois même y font référence dans leur propre production. Quel intérêt ont-ils à tel point que des expositions leur sont aujourd’hui consacrées ?

Crystal Maze IV — 1 + 2 + 3 = 3 — Notre distraction favorite

« Crystal Maze IV — 1 + 2 + 3 = 3 — Notre distraction favorite », commissariat avec Brice Domingues et Catherine Guiral (l’agence du doute), Nouveau Festival, Centre Pompidou, février-mars 2013. Avec Åbäke, Davide Balula, Roman Cieslewicz, Andrew Davidhazy, Marcel Duchamp, Libor Fára, Pierre Faucheux, Hans-Peter Feldmann, René Ferracci, Urs Fischer, Martino Gamper, Greenberg Associates, Milan Grygar, Raymond Hains, Hipgnosis, Guy Jouineau et Guy Bourduge, Jiří Kolář, Christian Marclay, Nagi Noda, Man Ray, Zbigniew Rybczynski, Andrew Sharpley, Laurie Simmons, John Stezaker, Peter Tscherkassky, VLF (Thomas Cristiani & Antoine Roux) [+]



Dans le cadre du quatrième Nouveau Festival au Centre Pompidou (à l’invitation de Catherine de Smet et Bernard Blistène) et en écho au travail de Pierre Faucheux (1924-1999), graphiste et directeur artistique dont la production fleuve s’étend des années 1950 aux années 1980, ce Crystal Maze est une exposition construite sur le principe du montage et réunissant des créateurs dont les œuvres sont la trace d’un désir visuel trouvant satisfaction dans l’usage et le dépaysement des images. L’agencement de ces créations et les différents événements qui accompagnent cette proposition mettent en évidence une culture visuelle et des procédés communs à un ensemble de graphistes, d’artistes, de photographes, de cinéastes, dont les travaux s’étendent du tout début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui et peuvent faire l’objet de rapprochements, parfois inattendus, tant sur le plan formel que conceptuel.
Il ne s’agit pas de mettre à jour des emprunts (qui, lorsqu’ils existent, sont souvent réciproques), ni d’établir des généalogies entre les pratiques mais de montrer ce que des travaux dont le rapprochement est parfois évident, parfois forcé, peuvent avoir de références communes ou de procédés partagés et comment ils constituent ensemble un pan de notre culture visuelle contemporaine.
Les contours de cette culture visuelle ont été identifiés à partir du travail du graphiste Pierre Faucheux, en particulier ses « écartelages » et le travail réalisé avec son atelier pour les couvertures du Livre de Poche. Ces travaux sont souvent sous-tendus par des emprunts iconographiques et des procédés tels que la déchirure, le découpage, le collage, le montage, la colorisation : autant d’opérations graphiques et plastiques qui dépaysent les images pour les offrir à d’autres registres et pour lesquelles le travail de Pierre Faucheux constitue une matrice inépuisable.

Emprunts et remédiation

« Emprunts et remédiation », communication lors de la journée d’étude « L’image empruntée : l’artiste comme éditeur », Université Toulouse II-Le Mirail (laboratoire LLA-CREATIS) / Institut supérieur des arts de Toulouse (ISDAT) / musée des Abattoirs, le 24 janvier 2013.

Lorsque les artistes travaillent avec des images empruntées, l’utilisation de ces dernières implique le plus souvent le passage d’un médium et/ou média à un autre : passage d’une forme imprimée à une autre, du livre au web, du web au papier, du papier à l’écran, du cinéma à l’édition, de l’édition à l’exposition, etc. Il s’agit ici d’étudier ces remédiations ainsi que les processus d’adaptation, de traduction et de transposition qui en résultent, afin de saisir quels sont leurs effets sur l’économie et la réception des images.

Publier et exposer—Exposer et publier

« Publier et exposer—Exposer et publier », in Clémentine Mélois (dir.), Publier ]…[ Exposer : les pratiques éditoriales et la question de l’exposition, Nîmes, École supérieure des beaux-arts, 2012, p. 31-45. [Lire]



Le phénomène du livre et des éditions d’artistes se positionne et se développe constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition. « Pratiques d’exposition alternatives » parce que les livres d’artistes offrent un moyen de monstration et de diffusion de l’art répondant à d’autres modalités que celles de l’exposition dans les formes que désigne habituellement ce terme. De ce point de vue, tout livre d’artiste peut s’appréhender comme mode d’exposition à part entière, tout en offrant pour ainsi dire un moyen d’exposer sans cimaise. Mais aussi « pratiques alternatives à l’exposition » parce que, ce faisant, ils permettent de produire de l’art sans recourir à la pratique de l’exposition telle qu’elle est conventionnellement envisagée dans la sphère artistique, et adressent ainsi souvent une critique en actes à l’égard de cette pratique et surtout à l’égard des attitudes et des valeurs qui la sous-tendent : l’art comme objet, voire comme marchandise ; l’art comme activité spécialisée ne pouvant advenir que dans des lieux institués à cet effet ; la contemplation comme modalité de la réception esthétique ; etc.
Il convient alors de distinguer l’exposition au sens où on l’entend en principe dans le monde de l’art — modalité de l’existence publique de l’art la plus courante, et dont les livres d’artistes diffèrent assez profondément — et ce que l’on pourrait nommer une fonction ou une valeur d’exposition — fonction que les livres d’artistes mettent en œuvre dans la mesure où ils permettent une visibilité et une diffusion de l’art sous une forme spécifique, par les moyens du livre et de la page, ou en tous cas de l’imprimé et de la reproductibilité.

A kind of « huh? »

A kind of « huh? », avec Aurore Chassé, Claude Closky, Information as Material, Julien Nédélec, Ed Ruscha, commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Toulouse, Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées (médiathèque) / Espace d’art de Grenade, novembre 2012 – mai 2013.



« J’ai compris qu’il y avait dans ce livre une chose inexplicable, mais que je recherchais depuis longtemps. Une sorte de ‘hein?' ». Cette phrase de l’artiste Ed Ruscha, à propos de son livre Twentysix Gazoline Stations (1963), pourrait se rapporter aux œuvres réunies dans cette exposition.
Parmi celles-ci se trouvent une installation, des volumes, des vidéos, des photographies, mais aussi de nombreuses éditions d’artistes, dont le fonds de la médiathèque des Abattoirs offre une remarquable connaissance. Des livres et des éditions d’artistes car une médiathèque est l’un des lieux les plus appropriés pour rendre visible ce type de productions. Des œuvres impliquant d’autres médiums que le livre et l’édition, car tout en offrant une alternative au fonctionnement conventionnel de l’art, les livres d’artistes ne constituent pas une sphère autonome, confidentielle ou marginale au sein de la création contemporaine, mais s’y inscrivent pleinement.
Les démarches dont l’exposition rend compte se fondent sur une mise en tension de ce qui est évident et de ce qui est indéchiffrable, de ce qui semble logique ou rationnel et de ce qui semble absurde, de ce qui est affirmé et de ce qui n’est pas dit, de ce qui est simple et de ce qui est hermétique, de ce qui est perceptif et de ce qui est déceptif. De cette tension résulte l’effet « huh? » : un effet ténu, fugitif, variable, qui se manifeste dans ce moment où ayant perçu une chose, on n’en saisit pas encore le sens ou l’objet ; lorsque la contradiction, l’ambivalence, le doute ou la perte de repères se chargent paradoxalement d’une valeur positive et constructive. Car l’effet « huh? » est en fait un moteur du processus de réception esthétique.

17 x 5

17 x 5, neuf marques-pages de documentation céline duval, Lefevre Jean Claude, Roberto Martinez, Julien Nédélec, Alexandre Périgot, Hubert Renard, Yann Sérandour, Batia Suter et Éric Watier, édités par Jérôme Dupeyrat, 2012.



Ces marques-pages ont été édités en lien avec la thèse Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]
Ils forment une exposition au périmètre mouvant, disséminée par des lecteurs dans les livres où ces derniers décident de les placer.

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives

Les Livres d’artistes entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives, thèse de doctorat sous la dir. de Leszek Brogowski, Rennes, Université Rennes 2, 2012. [Lire]



Cette thèse envisage le phénomène du livre d’artiste tel qu’il se développe dans sa relation à la notion et à la pratique d’exposition depuis les années 1960. L’exposition est ici considérée selon un double point de vue : d’une part comme le dispositif institutionnel le plus courant de manifestation de l’art ; d’autre part comme une fonction se rapportant à la visibilité des œuvres. Il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes peuvent s’appréhender entre pratiques alternatives à l’exposition et pratiques d’exposition alternatives. Pratiques d’exposition alternatives dans la mesure où le livre et l’imprimé sont potentiellement des modes de visibilité de l’art ; pratiques alternatives à l’exposition parce que ce moyen de visibilité est très différent de ce que l’on nomme usuellement une exposition. À travers l’étude de cette tension dialectique entre l’édition et l’exposition, il s’agit de préciser quelle est l’économie artistique et quelles sont les conditions de réception esthétique que proposent les livres et les éditions d’artistes, et ainsi de comprendre en quel sens et à l’égard de quelles normes ou de quelles instances ils ont une valeur dite « alternative ». De la sorte, il est également question de la place qu’occupent les livres d’artistes dans le système de l’art contemporain et des effets qu’ils exercent sur celui-ci.

Sylvain Bourget

« Insolitus. La sottise et l’idiotie peuvent-elles casser des briques ? » [à propos de Sylvain Bourget], Superstition, n°3, printemps 2012, p. 13-15. [Lire]



En 1988, un individu nommé Pascal Thomas a réalisé un marteau de 4,54 m de long pour un poids de 720 kg. En 2009, Sylvain Bourget a réalisé une œuvre (et d’autres selon le même principe au sein de la série Les objets records) qui relate cet exploit à l’échelle 1/18 ème. Tout en restituant le gigantisme de l’objet en le confrontant à une figurine humaine selon des rapports de proportion conformes à l’original, sa réduction en désamorce pourtant la dimension spectaculaire, le marteau ayant retrouvé taille normale.
Depuis quelques années, à travers sculptures, dessins et animations vidéos, l’artiste convoque selon des principes analogues un champ de références qui est celui des records, des exploits, des concours et « proto-sports » en tous genres, à travers des procédures plastiques qui impliquent le plus souvent la simplification graphique, l’abstraction ou la miniaturisation, autant de moyens qui permettent de tenir à distance des faits et des gestes pouvant susciter en premier lieu une sotte fascination. De la sottise, il y en a dans les œuvres de Sylvain Bourget. C’est elle qui leur confère un humour constituant souvent la première porte d’entrée dans son travail, que l’on ne saurait toutefois réduire à cette seule dimension. Si sottise il y a ici, c’est d’ailleurs au titre d’une « sottise positive », que Clément Rosset distingue de la « sottise négative » en ce qu’elle n’est pas pas une attitude passive (ne pas comprendre, rester bête) mais une posture hautement active, une manière d’être au monde en se consacrant corps et âmes à quelques occupations absurdes qui deviennent pure activité.

Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète »

Cycle de conférences Art & Edition : « Tracts, ephemera, (e)mail art, etc. : dissémination discrète », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 2 avril 2012.


Des avant-gardes jusqu’à aujourd’hui, certaines formes et certains supports d’édition éphémères et/ou précaires s’affirment entre fonction informative et manifestations artistiques.
Empruntant les modèles de la communication politique et publicitaire tout en en détournant les codes et les objectifs, il s’agit de médias alternatifs – tant par leurs contenus que leurs modes de diffusion – qui opposent à la propagande et à la communication de masse une pratique de l’art discrète, si ce n’est invisible en tant que telle, et pourtant efficiente sur les plans esthétique et politique.

Art & éditions : « All media give shape to experience « 

Cycle de conférences Art & Édition : « All media give shape to experience », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 19 mars 2012.


De la télé au livre imprimé, de l’imprimé à l’exposition et de l’exposition au livre, du livre au web et du numérique au papier : observer quelques objets éditoriaux qui résultent du passage d’un média/médium à un autre, et comprendre les effets de ces processus de remédiation, entre adaptations, traductions, déclinaisons et transpositions.

Art & Édition : Livres d’artistes et pratiques d’exposition

Cycle de conférences Art & Édition : « Livres d’artistes et pratiques d’exposition », École supérieure d’art des Pyrénées – site de Pau, 23 janvier 2012.


La pratique du livre d’artiste telle qu’elle se développe depuis les années 1960 constitue une alternative critique aux modes traditionnels de production et de diffusion de l’art, dont les expositions sont le dispositif le plus emblématique à l’ère moderne et contemporaine. Pourtant, de nombreuses éditions d’artistes sont éditées par des lieux d’art à l’occasion de tels évènements. De ce constat paradoxal émerge la nécessité d’étudier de plus près les relations entre pratiques d’édition et pratiques d’exposition dans l’art contemporain. Où il apparaît alors que les livres et les éditions d’artistes se positionnent constamment entre pratiques d’exposition alternatives et pratiques alternatives à l’exposition…

Julien Nédélec : avec les mains

« Julien Nédélec : avec les mains », Superstition, n°2, automne 2011, p.20-21.[+]



En sciences, un raisonnement est dit « avec les mains » lorsque par commodité il s’appuie sur une logique supposée plutôt que sur une démonstration rigoureuse, ce qui n’empêchera pas de le considérer comme valide, au moins temporairement. Ce rapport ambivalent à la logique, à la connaissance et à sa représentation, balise le travail de Julien Nédélec, comme en atteste par exemple le titre de sa récente exposition à la galerieACDC à Bordeaux : « Carré égal triangle ».

Mange ta soupe

« Mange ta soupe » / « Eat your soup », Journal du Salon Light #8, Chatou, Cneai, 2011. [Lire] [Read]

L’édition suscite depuis la fin des années 1990, et surtout depuis les années 2000, un fort intérêt dans le champ de l’art, intérêt qui se cristallise particulièrement autour du livre d’artiste et des pratiques éditoriales qui peuvent s’y rapporter à divers titres. Le phénomène n’est pas nouveau mais son ampleur semble inédite. En atteste non seulement une production pléthorique de livres, de revues et autres imprimés ayant des artistes pour auteurs, comme cela avait pu être le cas dans les années 1960-70 — que cette production soit auto-éditée, micro-éditée ou institutionnelle — mais aussi le nombre des publications, des conférences, des expositions, des salons consacrés à la question.
Si quiconque aime les livres peut s’en réjouir, on peut néanmoins s’interroger sur les raisons d’un tel phénomène à l’heure où l’édition fait l’objet de tant de spéculations quant à son avenir. Le livre serait-il toujours « le meilleur médium pour beaucoup d’artistes d’aujourd’hui », comme l’affirmait Sol LeWitt il y a trente-cinq ans ?

« Des pages (un livre) »

Texte écrit pour un livre d’artiste de Mathieu Harel Vivier : ISBN : 978-2-906890-07-7, Rennes, La Criée, centre d’art contemporain, 2011, n.p. [+]



Dans ce livre édité par La Criée centre d’art contemporain apparaissent deux séries photographiques, Spectre et Errance. De prime abord, tout semble les opposer : l’une est figurative et en couleurs, l’autre abstraite et en noir et blanc. Pourtant, en les disséminant dans un livre dont les principales composantes sont identiques, c’est la possibilité de considérer ces images comme équivalentes qui est suggérée. Leur montage sous la forme d’un unique corp(u)s d’images dans lequel se répercutent les plis et les coupes des pages contribue à donner des photographies qui y sont imprimées une lecture spécifique. […] Une répartition aléatoire des cahiers composant le livre implique des combinaisons de pages différentes d’un exemplaire à un autre. […] Ce livre déplace les lignes du multiple et de l’unique et dément les postulats traditionnellement attachés à l’idée d’une perte de l’aura.

Lena Goarnisson, Memento Mori

« Memento Mori (protocoles, propos, processus) », in Lena Goarnisson, Memento Mori, Objets du deuil, Yvetot, Galerie Duchamp, 2011. [Lire]



Depuis 1997, Lena Goarnisson mène un travail ayant pour objet la relation que nous entretenons à la mort dans notre société contemporaine et occidentale. Memento Mori, titre générique pour toutes les propositions qui s’inscrivent dans ce projet, résulte d’un protocole de base qui peut se résumer de la manière suivante : un « plomb » en échange du récit d’une mort violente. Les plombs sont des objets réalisés dans le matériau du même nom : une feuille de métal roulée sur elle-même et sur laquelle sont inscrits un nom et une date de décès. Par l’acceptation de cet objet médiateur auquel est associé le récit d’une mort tragique, résultant de la violence que l’homme fait à l’homme, les participants peuvent s’engager avec l’artiste dans une relation d’échange qui constitue un cadre structurant pour le projet. Avec des temporalités très variables, cette relation peut prendre la forme de correspondances épistolaires, de rencontres, d’envois d’objets, de collaborations artistiques, etc.

Simon Nicaise, Bel édifice et pressentiments

« Simon Nicaise, Bel édifice et pressentiments », commissariat : Jérôme Dupeyrat et Maïwenn Walter, Paris, Primo Piano, juin-juillet 2011.



Observant et absorbant la réalité dans ses différentes dimensions (visuelle, matérielle, culturelle ou encore sociale), Simon Nicaise la restitue au prisme d’un travail essentiellement sculptural, avec des œuvres qui perturbent subrepticement l’ordre et la signification des choses tout en paraissant souvent élémentaires. Alors que chaque forme semble être le résultat logique d’une idée qui l’aurait précédée, l’œuvre procède davantage de tensions, d’oscillations, de déplacements, de renversements absurdes ou contreproductifs.
« ‪Bel édifice et les pressentiments » est le premier chapitre d’une série de projets à venir placés sous le signe du Marteau sans maître (1934), un recueil de poèmes de René Char qui a fait également l’objet d’une retranscription musicale et chorégraphique par Pierre Boulez et Maurice Béjard (1955)‬. Le marteau est un objet contradictoire impliquant autant le principe de construction que celui de destruction, et c’est à ce titre qu’il apparaît parfois dans le travail de Simon Nicaise (Chorégraphie, 2008 ; Masse agglomérante, 2009). Il n’y a pas de marteau ici, mais la contradiction et la violence contenue que suggère la dichotomie construire/détruire sont néanmoins actives dans Bel édifice et les pressentiments. Plutôt que d’en adapter l’environnement poétique et musical, l’exposition met en jeu les préoccupations et les manières de faire qui se décèlent dans le Marteau sans maître. Elle est conçue comme un paysage défini par des œuvres qui y sont tout à la fois des reliefs, des obstacles ou des constructions.

Mathieu Tremblin, Place publique

« Conversation avec Mathieu Tremblin et Cécile Poblon. Résidence Place publique au BBB », Semaine, n°271, mai 2011. [+]



De mars à novembre 2010, Mathieu Tremblin a activé signes, actions et projets personnels dans l’espace urbain, dans une géographie définie par la zone d’implantation du BBB centre d’art et du centre d’animation des Chamois, initiant également des formes de collaborations actives avec les habitants du quartier des Trois Cocus/ les Izards à Toulouse.

Robert Breer, Sculptures flottantes

« Robert Breer, Sculptures flottantes », Superstition, n°1, printemps 2011, p. 24-25. [Lire]



Si la reconnaissance de Robert Breer (1926-) n’est plus à faire auprès de ceux qui connaissent l’histoire du cinéma d’animation et du cinéma expérimental, son travail en tant que peintre et sculpteur est longtemps resté méconnu, bien qu’il soit tout aussi conséquent. Robert Breer est en effet quelque peu en marge de l’histoire de l’art, même s’il n’a cessé de travailler depuis les années 1950 et qu’il a côtoyé une grande part des artistes d’avant-garde des années 1960-70 aux États-Unis et en France. L’exposition qui lui était consacrée au CAPC à Bordeaux de novembre 2010 à février 2011 devrait concourir à une reconnaissance plus complète de l’artiste, à la suite de diverses autres expositions qui lui ont été consacrées ces dix dernières années : à Staff USA à New York en 2000, à la galerie gb agency à Paris en 2001, 2004 et 2010, au Musée-Château d’Annecy en 2006, etc.
Les commentaires critiques qui ont accompagné chacune de ces expositions insistent quasi-systématiquement sur le caractère inclassable de l’artiste. Ce n’est guère lui rendre un véritable hommage, puisque ce type de remarques est un lieu commun du discours sur l’art. Pourtant, il est vrai que le travail de Robert Breer résiste aux certitudes que l’on pensait avoir héritées de l’art de ces dernières décennies. Mais plus qu’il n’est inclassable, peut-être est-il davantage classable à l’infini. Ses œuvres sont ainsi minimales et pop dans leur esthétique, fluxus de par l’état d’esprit de leur auteur, cinétique de par leur principe de fonctionnement, sans jamais être réductibles à une seule de ces catégories. Le travail de Robert Breer démontre en fait qu’en histoire de l’art les catégories sont toujours temporaires. Jamais fins en soi, elles ne sont utiles que si on les considère comme des outils dont la validité doit être remise en jeu en fonction de chaque travail singulier.

Bertrand Segonzac

« Bertrand Segonzac. Comme autant de paragraphes / As Many Paragraphs », Semaine, n°263, mars 2011, p. 4-14. [+]



Soient deux tableaux. Le premier – à moins que ça ne soit le second – représente une portion de route en contre-bas de laquelle émergent des arbres. Huit formes géométriques apparaissent en réserve. On devine des bornes séparant la route du profond fossé, supposition confirmée à la vue du second tableau qui les représente à leur emplacement respectif, alors que la surface restante de la toile demeure vierge de tout traitement. Ces deux tableaux de Bertrand Segonzac sont les premiers éléments visibles au BBB à Toulouse et au musée Calbet à Grisolles, pour une exposition en deux chapitres – l’artiste parle de paragraphes – intitulée « Perfect § Perfect ». Bien qu’à distance, ils suggèrent clairement l’articulation des deux projets, au-delà de leurs différences contextuelles.

« Exposer/Publier »

« Exposer/Publier », Le Journal des arts, février 2011, n°340, p. 33. [+]



La pratique du livre d’artiste telle qu’elle se développe depuis les années 1960 constitue une alternative critique aux modes traditionnels de production et de diffusion de l’art, dont les expositions sont la forme la plus emblématique à l’ère moderne et contemporaine. Pourtant, de nombreuses éditions d’artistes sont éditées par des lieux d’art à l’occasion de tels évènements. De ce constat paradoxal a émergé la nécessité d’étudier de plus près les relations entre pratiques d’édition et pratiques d’exposition dans l’art contemporain.

Tracts : dissémination discrète

« Tracts : dissémination discrète », Pratiques, réflexion sur l’art, n°21, automne 2010, p. 37-48. [+]



Des avant-gardes jusqu’à aujourd’hui, les tracts d’artistes s’affirment entre fonction informative et manifestations artistiques. Empruntant les modèles de la communication politique et publicitaire tout en en détournant les codes et les objectifs, ils sont des médias alternatifs – tant par leurs contenus que leurs modes de diffusion – qui opposent à la propagande et à la communication de masse une pratique de l’art discrète et pourtant efficiente sur les plans esthétique, social ou politique.

Pascal Martinez

« Préface », in Catalogue Pascal Martinez, Marseille, Editions P, 2010, p. 5-9. [+]



La présente monographie est guidée par un choix qui pourra sembler paradoxal : celui de n’y publier aucune image, aucune reproduction d’œuvre (pages de garde mises à part), alors même que Pascal Martinez est un artiste visuel, dont la pratique est largement consacrée à la photographie et à la vidéo. À contre-courant des usages les plus fréquents, c’est donc exclusivement ou presque par l’écrit qu’est ici convoqué le travail de l’artiste.

Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes « conceptuels »

« Coprésence et coproduction : usages de la photographie et du texte dans les livres d’artistes ‘conceptuels' », in Danièle Méaux (dir.), Livres de photographies et de mots, Caen, Minard, coll. « La Revue des Lettres Modernes » / série « Lire et Voir », 2009, p. 157-172. [+]



Depuis les années 1960, les artistes contemporains, et en particulier les artistes conceptuels, ont fait grand usage du livre pour concevoir des œuvres associant texte et photographie, deux matériaux privilégiés de leur démarche. Paradoxalement, alors que le XXe siècle a vu l’avènement d’une culture de l’image (cinéma, télévision, publicité) il a aussi été celui d’un débordement de l’art au-delà de ce domaine auquel il était traditionnellement lié, et parfois même à rebours de celui-ci. Ainsi, le texte fait une irruption significative dans les arts plastiques à l’époque des avant-gardes (cubisme, futurisme, dada). Il devient omniprésent à la fin des années 1960 chez les artistes conceptuels soucieux de rompre avec un art rétinien et d’investir le champ du langage, ainsi que chez de nombreux artistes qui œuvrèrent dans le domaine de la poésie visuelle ou concrète avant d’en venir aux arts plastiques. Mais les années 1960 puis 1970 sont aussi celles du recours de plus en plus fréquent à la photographie en tant qu’outil de démarches artistiques fort diverses. Supposée plus à même d’entretenir un rapport objectif au réel que la peinture, la photographie convainc en effet de nombreux artistes préférant constater et collecter ce qui existe déjà plutôt que créer de nouveaux objets. Toutes ces orientations artistiques, contemporaines de l’émergence du livre d’artiste, nourries par lui et ayant contribué à son développement jusqu’à aujourd’hui, en ont fait un lieu fondamental de conciliation de la photographie et du texte.

Pierre Huyghe, One year celebration

« Pierre Huyghe, One year celebration : une tentative de réaménagement du territoire temporel », Horsd’œuvre, décembre 2007, n°21, p. 4-5. [+]



One Year Celebration est un projet collectif initié par Pierre Huyghe en 2003 et dont une première version a été produite en 2006. L’artiste avait demandé à des plasticiens, des architectes, des musiciens, des écrivains et des critiques d’art, d’imaginer des propositions pour la célébration de jours non encore fêtés de l’année. Il en résulte une exposition collective constituée de 48 posters qui énoncent, tel un calendrier, les nouvelles dates à célébrer. Le projet a été présenté dans une version muséale lors de « Celebration Park », exposition de Pierre Huyghe en 2006 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et à la Tate Modern à Londres, et il existe également sous la forme d’un livre aux feuillets détachables.